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	<title>Les carnets éphémères</title>
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	<description>Morceaux de voyage, bouts de vie</description>
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		<title>Les carnets éphémères</title>
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		<title>J&#8217;ai hérité la guerre (1)</title>
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		<pubDate>Sat, 15 May 2010 13:39:54 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Corentin Bainier</dc:creator>
				<category><![CDATA[Carnets d&#039;Orient]]></category>
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		<description><![CDATA[Ils sont libanais, israéliens ou chypriotes grecs. Ils sont juifs, chrétiens orthodoxes ou maronites, musulmans chiites ou sunnites. Ils vivent dans trois cultures différentes, trois pays et trois conflits. Des conflits qui n&#8217;ont rien à voir. Tout les sépare, presque. &#8230; <a href="http://lescarnetsephemeres.wordpress.com/2010/05/15/jai-herite-la-guerre-1/">Lire la suite <span class="meta-nav">&#8594;</span></a><img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=lescarnetsephemeres.wordpress.com&amp;blog=8582646&amp;post=288&amp;subd=lescarnetsephemeres&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;"><span style="color:#000000;">Ils sont libanais, israéliens ou chypriotes grecs. Ils sont juifs, chrétiens orthodoxes ou maronites, musulmans chiites ou sunnites. Ils vivent dans trois cultures différentes, trois pays et trois conflits. Des conflits qui n&#8217;ont rien à voir. </span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#000000;">Tout les sépare, presque. Car ces conflits se sont tous les trois déclenchés dans la deuxième moitié du vingtième siècle: en 1948 en Israël, en 1974 à Chypre, en 1975 au Liban (malgré l&#8217;arrêt des combats en 1990, les tensions entre communautés sont toujours vives) Et, âgés de 18 à 33 ans, ces jeunes sont tous nés après un conflit dont ils se retrouvent les héritiers involontaires.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#000000;">C&#8217;est ce qui peut permettre de les rapprocher et de croiser leur témoignages. Hériter de la guerre, s&#8217;approprier un clivage dont on n&#8217;a pu être le témoin, se forger sa propre opinion, mais pas complètement par soi-même. Voilà ce qui pourrait relier ces dix jeunes, encore ados, déjà adultes.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#000000;">Je les ai rencontrés durant l&#8217;été 2009, au fur et à mesure des  Carnets d&#8217;Orient, entre Beyrouth, Jérusalem ou Nicosie. Je leur ai posé à chacun les quatre mêmes questions: que vous ont dit vos parents, que vous a-t-on appris à l&#8217;école, comment percevez-vous la haine de l&#8217;autre, quelle solution pour cette guerre.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#000000;">Le premier épisode est consacré au premier héritage de la guerre qu&#8217;ils ont connu, celui que leur ont transmis leurs parents. Voici leurs paroles, émues, timides, lucides, jamais complètement indifférentes.</span></p>
<p><span style="color:#000000;"><div class='embed-vimeo' style='text-align:center;'><iframe src='http://player.vimeo.com/video/11713426' width='400' height='300' frameborder='0'></iframe></div></span></p>
<p style="text-align:justify;"><strong><span style="color:#000000;">Ils parlent de leur guerre</span></strong></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="text-decoration:underline;"><span style="color:#000000;">Georges Anthonio</span></span><span style="color:#000000;"> est chrétien maronite et  étudiant en science politique à Beyrouth. Il rêve de partir étudier en France à Science Po Paris. Et adore parler politique, débattre de l&#8217;avenir de son pays, de la façon de le gouverner, mais toujours en &#8220;respectant&#8221;  l&#8217;autre. Comme les autres libanais du diaporama, je l&#8217;ai rencontré via un ami.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="text-decoration:underline;"><span style="color:#000000;">Shadi </span></span><span style="color:#000000;">est musulman sunnite. Il travaille pour Greenpeace à Beyrouth. Il a grandi à Damas en Syrie, jusqu&#8217;en 1990, date de la fin de la guerre où il rentre au Liban. Il n&#8217;est absolument pas pratiquant, mais est forcément marqué par sa religion, comme tout le monde au Liban.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="text-decoration:underline;"><span style="color:#000000;">Farah</span></span><span style="color:#000000;"> est musulmane chiite. Elle pratique sa religion, mais à sa façon. Elle vit dans la banlieue su de Beyrouth, bombardée en 2006 par Israël, car le Hezbollah y est omniprésent. Refuse de porter le voile. Elle étudie les sciences politiques et le droit à Beyrouth. Elle a un blog, où elle dit </span><a href="http://farah-has-a-lot-to-say.blogspot.com/"><span style="color:#000000;">ce qu&#8217;elle pense</span></a><span style="color:#000000;">.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="text-decoration:underline;"><span style="color:#000000;">David</span></span><span style="color:#000000;"> vit à Jérusalem, il vient d&#8217;avoir son bac et va commencer la fac. Kippa sur la tête, il est assez pratiquant, défend le droit d&#8217;Israël à exister, mais se veut tolérant envers les Palestiniens. Je l&#8217;ai rencontré par hasard un soir, avec ses copains, rue Yoel Solomon. Ils étaient très pressés de rejoindre leur soirée, mais David a bien voulu m&#8217;accorder quelques minutes.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="text-decoration:underline;"><span style="color:#000000;">Irit</span></span><span style="color:#000000;"> vient de Yavné, au sud de Tel-Aviv. Elle vient d&#8217;effectuer ses deux ans de service militaire, où elle a passé son permis de conduire pour&#8230; camion. Elle s&#8217;apprête à rentrer à la fac. Je l&#8217;ai rencontré lors d&#8217;un grand déballage- coup de pub de Tsahal rue Yoel Solomon. Elle est la seule soldate qui ait accepté ce jour-là de se faire enregistrer et prendre en photo, et je l&#8217;en remercie.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="text-decoration:underline;"><span style="color:#000000;">Or</span></span><span style="color:#000000;"> est prof d&#8217;hébreu pour les étrangers, à Jérusalem. Il fait d&#8217;autres petits boulots, et prête notamment sa voix grave à des messageries vocales. A 33 ans, il est le plus âgé de tous les interviewés, et son point de vue sur l&#8217;échec des négociations de paix depuis 1993 (il avait 17 ans) donne une autre perspective au reportage. C&#8217;est lui aussi un ami d&#8217;ami, qui en plus offre sympathiquement l&#8217;hospitalité dans sa colocation de Jaffa.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="text-decoration:underline;"><span style="color:#000000;">Cristina</span></span><span style="color:#000000;"> a grandi à Chypre mais vit désormais à Londres, où elle a trouvé un job dans une agence financière après ses études. Sa collègue de bureau est.. chypriote turque. C&#8217;est la nièce d&#8217;une amie.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="text-decoration:underline;"><span style="color:#000000;">Christos</span></span><span style="color:#000000;"> est serveur du Starbucks Coffee de la rue Ledra de Nicosie, la seule artère qui relie la partie turque et la partie grecque de la ville. Dans la vie il ne se prend pas la tête, et reste optimiste sur la possibilité de trouver un accord entre les deux entités.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="text-decoration:underline;"><span style="color:#000000;">Maria </span></span><span style="color:#000000;">est la patronne de Christos au Starbucks Coffee de la rue Ledra. Elle n&#8217;aime guère les Turcs, et ne croit plus à rien. Et défend ses arguments.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="text-decoration:underline;"><span style="color:#000000;">Andri</span></span><span style="color:#000000;"> commence des études d&#8217;art. Elle faisait des photos avec des amies dans les rues de Nicosie, et j&#8217;ai échangé quelques minutes de figuration contre quelques minutes d&#8217;interview.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><strong><span style="color:#000000;">A suivre </span></strong></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#000000;"><em><span style="color:#000000;">Dans quelques semaines, les Carnets Ephémères proposeront le second épisode, les jeunes de Chypre, d&#8217;Israël et du Liban diront ce qu&#8217;ils ont entendu de la guerre sur les bancs de l&#8217;école. </span></em></span></p>
<p style="text-align:justify;">
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#000000;">N.B: merci à Berthe et Cyrille pour la traduction d&#8217;Andri.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#000000;">N.B: ce diaporama a été fait, encore une fois, avec les moyens du bord: un dictaphone et un appareil photo numérique. Ce qui explique, à défaut d&#8217;excuser, sa qualité parfois discutable. En espérant que ça ne dissuade pas de le regarder (et de l&#8217;écouter).</span></p>
<br />  <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gocomments/lescarnetsephemeres.wordpress.com/288/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/comments/lescarnetsephemeres.wordpress.com/288/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godelicious/lescarnetsephemeres.wordpress.com/288/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/delicious/lescarnetsephemeres.wordpress.com/288/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gofacebook/lescarnetsephemeres.wordpress.com/288/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/facebook/lescarnetsephemeres.wordpress.com/288/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gotwitter/lescarnetsephemeres.wordpress.com/288/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/twitter/lescarnetsephemeres.wordpress.com/288/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gostumble/lescarnetsephemeres.wordpress.com/288/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/stumble/lescarnetsephemeres.wordpress.com/288/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godigg/lescarnetsephemeres.wordpress.com/288/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/digg/lescarnetsephemeres.wordpress.com/288/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/goreddit/lescarnetsephemeres.wordpress.com/288/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/reddit/lescarnetsephemeres.wordpress.com/288/" /></a> <img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=lescarnetsephemeres.wordpress.com&amp;blog=8582646&amp;post=288&amp;subd=lescarnetsephemeres&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></content:encoded>
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		<title>L&#8217;errance et la lagune</title>
		<link>http://lescarnetsephemeres.wordpress.com/2009/12/12/lerrance-et-la-lagune-2/</link>
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		<pubDate>Sat, 12 Dec 2009 16:57:31 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Corentin Bainier</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Des pas, des ponts, une lagune et une biennale, San Marco et Canareggio. Venise est un bout de terre à part, un bout de terre qui flotte sur d&#8217;étonnants pilotis. Elle dit le murmure des touristes, le grondement sourd des &#8230; <a href="http://lescarnetsephemeres.wordpress.com/2009/12/12/lerrance-et-la-lagune-2/">Lire la suite <span class="meta-nav">&#8594;</span></a><img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=lescarnetsephemeres.wordpress.com&amp;blog=8582646&amp;post=243&amp;subd=lescarnetsephemeres&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Des pas, des ponts, une lagune et une biennale, San Marco et Canareggio. Venise est un bout de terre à part, un bout de terre qui flotte sur d&#8217;étonnants pilotis. Elle dit le murmure des touristes, le grondement sourd des bateaux et le battement clinquant de l&#8217;eau. Quand elle se laisse déshabiller par le voyageur, elle dévoile toute sa beauté à la fois imprenable et éternelle.</p>
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<p>N.B: <em>ce diaporama sonore a été réalisé avec les moyens du bord, c&#8217;est-à-dire un dictaphone et un appareil photo numérique. Ce qui explique la qualité parfois un peu faible du son et de l&#8217;image. En attendant de disposer de mieux, les Carnets avaient tout de même très envie de tenter l&#8217;expérience photo/son. A charge de revanche, donc. </em></p>
<br />  <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gocomments/lescarnetsephemeres.wordpress.com/243/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/comments/lescarnetsephemeres.wordpress.com/243/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godelicious/lescarnetsephemeres.wordpress.com/243/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/delicious/lescarnetsephemeres.wordpress.com/243/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gofacebook/lescarnetsephemeres.wordpress.com/243/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/facebook/lescarnetsephemeres.wordpress.com/243/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gotwitter/lescarnetsephemeres.wordpress.com/243/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/twitter/lescarnetsephemeres.wordpress.com/243/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gostumble/lescarnetsephemeres.wordpress.com/243/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/stumble/lescarnetsephemeres.wordpress.com/243/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godigg/lescarnetsephemeres.wordpress.com/243/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/digg/lescarnetsephemeres.wordpress.com/243/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/goreddit/lescarnetsephemeres.wordpress.com/243/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/reddit/lescarnetsephemeres.wordpress.com/243/" /></a> <img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=lescarnetsephemeres.wordpress.com&amp;blog=8582646&amp;post=243&amp;subd=lescarnetsephemeres&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></content:encoded>
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		<title>Mahoua, le droit au bonheur</title>
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		<pubDate>Sun, 08 Nov 2009 15:46:12 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Corentin Bainier</dc:creator>
				<category><![CDATA[Carnets de Paris]]></category>
		<category><![CDATA[côte d'ivoire]]></category>
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		<description><![CDATA[Je m’appelle Mahoua et j’ai 33 ans. C’est peut-être même pas encore la moitié de ma vie, mais je suis déjà épuisée. Je suis née à Abidjan, mais j’ai quitté mon pays il y a quatorze ans, parce que je &#8230; <a href="http://lescarnetsephemeres.wordpress.com/2009/11/08/mahoua-le-droit-du-bonheur/">Lire la suite <span class="meta-nav">&#8594;</span></a><img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=lescarnetsephemeres.wordpress.com&amp;blog=8582646&amp;post=229&amp;subd=lescarnetsephemeres&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;">Je m’appelle Mahoua et j’ai 33 ans. C’est peut-être même pas encore la moitié de ma vie, mais je suis déjà épuisée. Je suis née à Abidjan, mais j’ai quitté mon pays il y a quatorze ans, parce que je ne trouvais pas de travail. En tout cas, je ne trouvais pas de travail qui me permettait de vivre décemment. Je suis partie en France, parce qu’on m’avait dit que là-bas, il y avait des emplois pour les Africains et qu’on était obligé d’être payé au moins 1000 euros par mois. 1000 euros par mois, quand même, c’est une sacrée somme.</p>
<p style="text-align:justify;">Au début c’était difficile. Je n’avais pas de papiers, j’ai mis du temps à trouver du travail. Et puis finalement, j’ai été embauchée comme auxiliaire de vie dans une maison de retraite. Dans les Hauts-de-Seine. Une maison très luxueuse, où il y a des parents de députés. Alors il faut en prendre d’autant plus soin, dit le directeur. Je ne sais pas pourquoi, il trouve qu&#8217;il y a des gens plus importants que d&#8217;autres.</p>
<p style="text-align:justify;"><strong>Le temps de voir venir</strong></p>
<p style="text-align:justify;">Je suis payée 1300 euros par mois, nets. Depuis Abidjan, j’aurais trouvé ça formidable. Mais j’ai vite compris qu’à Paris, c’est à peine suffisant pour vivre. C’est bizarre, les Hauts de Seine, c’est le département le plus riche de France. Mais on dirait que c’est surtout les riches qui font qu’il est riche, ce département. 1300 euros, ça ne fait pas beaucoup, mais j’ai quand même décidé de rester. Parce que grâce à mon travail, j’ai obtenu un titre de séjour. Dix ans, ça me laissait le temps de voir venir et de construire quelque chose ici.</p>
<p style="text-align:justify;">A ma troisième année en France, j’ai rencontré un homme, un Ivoirien comme moi. On s’entendait bien, il me faisait rire. Avec le temps je m&#8217;étais fait des amis, surtout des Africains, parce que là où j’habite, à Clichy, il y en a beaucoup. On sortait souvent avec eux et puis moi j’ai fini par sortir avec lui, l’homme qui me faisait rire. On s’est aimé, on se l’est dit mille fois peut-être, peut-être même plus. Chaque été on rentrait chez nous en Côte d’Ivoire, on allait voir la famille, on faisait la fête, on dansait tous les soirs, je me souviens, il y avait mes frères, mes sœurs, mes cousins et tous leurs enfants, alors c’est comment la France, oh c’est formidable, la vie est belle, tout est mieux tu sais, je ne voulais pas les décourager de tenter leur chance un jour. On mangeait du mafé, du vrai, pas comme celui qu’on faisait à Clichy avec les ingrédients du Franprix, et puis tout ça c’était bien.</p>
<p style="text-align:justify;">Lui il gagnait encore moins d’argent que moi parce qu’il ramassait des ordures toute la journée. Ca ne lui plaisait pas, mais il préférait faire ça ici que ne rien faire là-bas en Côte d’Ivoire. Et puis comme on s’aimait, on s’en fichait pas mal à la fin, de combien on gagnait. A force de s’entraîner, on arrivait à mettre de l’argent de côté chaque mois en plus de celui qu’on envoyait à Abidjan pour que nos frères arrêtent de crever la misère. Alors parfois on allait au cinéma, voir des films drôles ou moins drôles.  Une fois on est même allé au théâtre parce qu’on jouait Ubu Roi et que ça avait des airs d’Afrique.</p>
<p style="text-align:justify;">Au bout de trois ans, on s’aimait toujours, et presque autant qu’au premier jour. C’est déjà pas mal de s’aimer presque comme au premier jour après trois ans, des couples qui font ça, j’en connais pas beaucoup. Et tous ceux que je connais ils restent ensemble parce qu’ils ont peur de se retrouver sans personne, mais ils ne s’aiment plus vraiment. Moi, j’ai jamais voulu faire ça. J’ai toujours dit si je suis avec quelqu’un, c’est pour une vraie histoire, pas pour boucher le vide. Alors comme on s’aimait encore beaucoup, on a décidé qu’on allait mettre tout notre amour dans un bébé. Mon fils est né le jour de mon vingt-septième anniversaire et je crois qu’on ne pourra jamais me faire un plus beau cadeau.</p>
<p style="text-align:justify;">
<p style="text-align:justify;"><strong>C&#8217;est pas cher à Clichy</strong></p>
<p style="text-align:justify;">Heureusement que c’était le jour de mon anniversaire d’ailleurs, parce que dès le lendemain, la vie a changé. Mon mari est tombé malade. D’abord on a cru que c’était pas grave. Il avait demandé à un médecin qui faisait payer pas cher à Clichy. Et puis comme il continuait à tousser beaucoup et très souvent, on a quand même décidé d’aller voir à un vrai hôpital, pour être sûrs. Et eux, au vrai hôpital, ils ont été sûrs qu’en fait mon mari avait des poumons très fragiles et qu’avec tout le tabac qu’il avait fumé, il risquait de mourir bientôt. Un an après, il est mort.</p>
<p style="text-align:justify;">J’ai pleuré beaucoup de jours et beaucoup de mois. C’était le seul homme que j’avais vraiment aimé. On avait tout construit ensemble, pour faire une famille ensemble, être heureux ensemble, un jour vivre confortablement ensemble, on voulait juste une vie normale ensemble et puis lui il était parti. Je me demande pourquoi la vie choisit parfois de récompenser vos efforts de la sorte.</p>
<p style="text-align:justify;">J’ai pleuré, mais jamais devant mon fils. Parce que je ne voulais pas qu’il ait la même vie que moi et que j’avais décidé que ça commençait par ne pas voir la souffrance. J’ai continué mon travail, parce que si j’avais arrêté, c’est moi qui serais morte. Et puis j’avais des amis, plein d’amis, ils m’ont beaucoup aidé. Un jour, ils ont ramené à une fête un cousin qui venait d’arriver de Côte d’Ivoire. Il avait cinq ans de plus que moi, mais je lui ai tout de suite plu, parce que ce genre de choses, ça se voit tout de suite ou ça ne se voit pas, c’est comme ça.</p>
<p style="text-align:justify;">Moi, il ne me plaisait pas. Enfin, surtout, je n’avais pas envie d’être à nouveau avec quelqu’un, parce que c’est trop douloureux quand ça se termine mal. Lui il voulait tout le temps s’occuper de mon fils quand j’avais trop de travail ou que j’étais trop fatiguée. Je le laissais faire parce que mon fils l’aimait bien, que quelque part, ça remplaçait l’absence de son père. Et puis il lui parlait en bambara et j’aimais ça, que mon fils il parle aussi le bambara avec un homme.</p>
<p style="text-align:justify;">Il travaillait dans un restaurant des Hauts-de-Seine, dans les cuisines. Il faisait plein de petits trucs, la plonge, le nettoyage, l’assortiment des plats. Tout ce qu’il fallait faire dans l’urgence c’était pour lui. On partait au travail ensemble, avec la ligne 13 jusqu’à la ligne 1 puis jusqu’à Neuilly. Et puis il m’a tellement dit de choses, des gentilles et des belles, que j’ai fini par céder. Je ne sais pas si je me sentais capable de l’aimer, mais il avait fini par ne plus me déplaire, puis finalement par me plaire. On s’est embrassé un soir, puis un autre, puis on n’a plus arrêté.</p>
<p style="text-align:justify;"><strong>Ensemble, ça ne sera pas tout</strong></p>
<p style="text-align:justify;">J’aimais fort, à nouveau, la vie souriait, à nouveau. Sauf qu’il n’avait toujours pas de papiers. Pourtant, c’était pas faute de travailler pour son restaurant. Son patron, ça l’arrangeait bien, parce que sans papier, il le payait comme il voulait. Alors pour qu’il ait plus vite des papiers, on s’est marié en janvier d’il y a presque trois ans. On a emménagé ensemble, il est devenu un vrai père pour mon fils. Lui il l’aimait comme son propre enfant, mais il en aurait voulu un aussi, un qui sorte de lui. On a essayé, beaucoup de fois. J’ai fait une, deux, puis trois fausses couches en deux ans. Après la quatrième, j’ai dit que je n’en pouvais plus. C’était comme si on m’avait tué quatre de mes enfants. C’était trop dur dans ma tête. C&#8217;était trop dur pour mon corps. Lui il a compris, il a dit on arrête, on sera très heureux avec ton fils que je considère aussi comme le mien.</p>
<p style="text-align:justify;">L’an dernier, lui, ses collègues et des autres sans-papier en Ile-de-France, ils en ont eu marre de travailler pour moins cher que les autres et en plus d’être hors-la-loi. Ils ont fait grève, ils ont manifesté, tout ça, moi j’ai pas tout compris. La CGT a dit qu’elle les aiderait, parce que c’était scandaleux d’employer des gens en profitant qu’ils ont pas de papier, le gouvernement a dit qu’il les écouterait, puis qu’il n’y aurait pas régularisation massive, puis en fait il ne les a jamais écouté. Toute façon un gouvernement avec un ministre qui s&#8217;occupe de l’immigration et l’identité nationale en même temps, ça risque pas d’écouter beaucoup des sans-papier.</p>
<p style="text-align:justify;">Mon mari a continué à travailler. Il a continué à faire des demandes de régularisation. Il a continué a espérer aussi. Mais la seule réponse qu’il a reçu c’était il y a deux semaines et c’était une convocation au commissariat. Nous on n’est pas bêtes, on a très bien su ce que ça voulait dire.</p>
<p style="text-align:justify;">L’ambiance est devenue terrible à la maison depuis. On s’est disputé un soir, il m’a dit que j’avais rien fait pour l’aider, mais comment tu peux dire ça, on s’est marié, on a voulu avoir un enfant tous les deux, je lui ai répondu. Il est parti en claquant la porte, mais il est revenu le lendemain en s’excusant. Tous les jours on a cherché une solution. Ca nous empoisonnait la vie. C’est ça, un vrai poison, qui nous mangeait petit à petit.</p>
<p style="text-align:justify;"><strong>Le poison et les larmes<br />
</strong></p>
<p style="text-align:justify;">J’ai demandé conseil partout, est-ce qu’il faut y aller à cette convocation, est-ce qu’il faut pas y aller ? Parce dans deux mois, ca fera trois ans qu’on est marié et alors c’est plus facile pour qu’il obtienne des papiers. Un soir, je suis allé voir des avocats bénévoles Porte de Clichy. Ils m’ont dit de  pas y aller, au commissariat. J’étais perdue : j’avais jamais été contre la loi moi, j’avais trop peur que ça nous retombe dessus, que ça nous fasse du mal et à mon fils aussi.</p>
<p style="text-align:justify;">Je suis ressortie de l’entretien encore plus stressée que j’y étais entrée. J’ai croisé un étudiant en journalisme et j’ai commencé à lui raconter mon histoire. Et j’ai commencé à pleurer. Et j’ai bien vu que lui aussi ça commençait à le faire pleurer. Il m’a dit qu’il essaierait de venir au commissariat et que s’il y arrivait pas, il parlerait de mon histoire.</p>
<p style="text-align:justify;">Faut dire qu’elle est pas drôle mon histoire. C’est l’histoire de millions d’immigrés, mais avec des morts en plus.  Avec de la malchance aussi. C’est comme ça en France, c’est comme ça ailleurs aussi. Finalement on n’est pas allé au commissariat. On espère que la police oubliera d’ici janvier de nous rappeler. Qu’est-ce que je ferais s’il était expulsé ? Qu’est-ce que je ferais toute seule avec mon fils, à torcher le cul des mères des députés de la France ?  C’est comme ça qu’ils me remercieraient, les représentants du peuple ?  Parce que vraiment, après tout ce que j’ai vécu, je trouve qu’on n’a pas le droit de me dire que je ne mérite pas de vivre heureuse en France.</p>
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<p style="text-align:justify;">N.B: <em>j&#8217;ai rencontré Mahoua un soir d&#8217;octobre à la sortie du <a href="http://www.paris.fr/portail/vosdemarches/Portal.lut?page_id=6919&amp;document_type_id=5&amp;document_id=29367&amp;portlet_id=15788">Bus de la Solidarité</a>, affrété par le Barreau de Paris et l&#8217;association <a href="http://www.droitsdurgence.org/">Droits d&#8217;Urgence</a>. Des avocats y donnent des conseils juridiques gratuits. Son histoire m&#8217;a profondément ému. Je retranscris ici ce qu&#8217;elle m&#8217;a dit entre ses sanglots, et je me permets d&#8217;imaginer la première partie de sa vie.</em></p>
<br />  <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gocomments/lescarnetsephemeres.wordpress.com/229/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/comments/lescarnetsephemeres.wordpress.com/229/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godelicious/lescarnetsephemeres.wordpress.com/229/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/delicious/lescarnetsephemeres.wordpress.com/229/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gofacebook/lescarnetsephemeres.wordpress.com/229/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/facebook/lescarnetsephemeres.wordpress.com/229/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gotwitter/lescarnetsephemeres.wordpress.com/229/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/twitter/lescarnetsephemeres.wordpress.com/229/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gostumble/lescarnetsephemeres.wordpress.com/229/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/stumble/lescarnetsephemeres.wordpress.com/229/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godigg/lescarnetsephemeres.wordpress.com/229/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/digg/lescarnetsephemeres.wordpress.com/229/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/goreddit/lescarnetsephemeres.wordpress.com/229/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/reddit/lescarnetsephemeres.wordpress.com/229/" /></a> <img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=lescarnetsephemeres.wordpress.com&amp;blog=8582646&amp;post=229&amp;subd=lescarnetsephemeres&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></content:encoded>
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			<media:title type="html">Corentin Bainier</media:title>
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		<title>La ferveur et l&#8217;adieu</title>
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		<pubDate>Sat, 26 Sep 2009 14:41:56 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Corentin Bainier</dc:creator>
				<category><![CDATA[Carnets d&#039;Orient]]></category>
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		<description><![CDATA[Il est des lieux qui se suffisent à eux-mêmes. Dont le nom évoque à lui seul une atmosphère, une histoire, des noms, des images frémissantes. Dont le nom suffit à donner envie de les découvrir, à se dire qu’y être &#8230; <a href="http://lescarnetsephemeres.wordpress.com/2009/09/26/la-ferveur-et-ladieu/">Lire la suite <span class="meta-nav">&#8594;</span></a><img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=lescarnetsephemeres.wordpress.com&amp;blog=8582646&amp;post=202&amp;subd=lescarnetsephemeres&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;">Il est des lieux qui se suffisent à eux-mêmes. Dont le nom évoque à lui seul une atmosphère, une histoire, des noms, des images frémissantes. Dont le nom suffit à donner envie de les découvrir, à se dire qu’y être est une fin en soi. Un nom qu’on connaît, qu’on fantasme, un nom dont on sait qu’un jour, on le rajoutera sur la carte du monde des lieux qu’on a visités. Y aller une fois dans sa vie, au moins. Jérusalem. La vile trois fois sainte. La ville où bat l’un des cœurs de la Terre depuis des millénaires. La ville où se mêlent l’histoire, l’aventure humaine et le destin du monde.</p>
<p style="text-align:justify;"><strong>Croque-monsieur</strong></p>
<p style="text-align:justify;">J’avais rejoint la veille au soir Tel-Aviv, où je rencontre Guy, un ami d’amie, et son copain Or. Quand il s’agit de recevoir, qui plus est un inconnu, Guy, il sait faire : je suis invité à dormir chez lui, je suis invité au resto et je suis invité à passer la soirée avec deux israéliens. Guy et Or sont nés ici, leurs parents avaient émigré au début des années 1950. Leurs origines sont russes, est-européenne et sans doute encore d’ailleurs. Israël est un mélange incroyable d’ascendances. On croise, kippa sur la tête, tantôt une peau mate et des cheveux noirs qui évoquent l’Espagne ou l’Afrique du Nord, tantôt des blonds au teint clair et aux traits slaves. Tous deux sont laïcs et ne respectent pas vraiment les <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Talmud">talmuds</a>. D’ailleurs, c’est autour d’un croque-monsieur, avec jambon (et d’une salade, la première depuis un mois- il y a dans la vie des plaisirs qu’on ne soupçonne pas) que Guy commence à me parler de son pays. Il essaye de m’expliquer la difficile relation des israéliens aux étrangers : « <em>d’un côté, on n’a pas toujours une bonne image des étrangers, parce qu’on sait qu’Israël n’est pas franchement aimé à travers le monde, de l’autre, on est flatté quand un touriste vient découvrir le pays et s’intéresse à nous</em> ».</p>
<p style="text-align:justify;">Et sa relation aux Palestiniens ? Guy soupire, m’explique qu’évidemment, en tant que laïc, plutôt de gauche, progressiste, il souhaite une solution à deux Etats. Que de toute façon, la solution d’un Etat unique n’est absolument plus envisageable. Mais que tant que le Fatah et le Hamas n’auront pas renoué contact, ce n’est pas la peine de rêver. Que même s’ils le font, ça sera très compliqué. Il a l’air très pessimiste. Il déteste son gouvernement : « <em>tu peux le croire ça : <a href="http://www.lefigaro.fr/international/2009/02/14/01003-20090214ARTFIG00223-lieberman-le-raspoutine-israelien-.php">Avigdor Lieberman </a>(extrême-droite) c’est notre ministre des affaires étrangères ?</em> ». Puis il semble se raviser : « <em>tu sais, à la longue, les frontières commencent à être à peu près fixées. On sait approximativement comment se délimitent la Cisjordanie et Gaza. Il faut trouver une solution avec des corridors pour passer d’une partie de la Palestine à l’autre. Netanyahou vient de parler « d’Etat Palestinien » et pour qu’un mec pareil dise ça, c’est peut-être que les choses sont en train de bouger </em>». Je termine la soirée les pieds dans la Méditerranée, la deuxième mer de la journée. Je bois doucement une bière israélienne dont j’ai oublié le nom, fume une cigarette. J’écoute les vagues qui s’allongent lancinantes sur le sable humide. Guy et Or continuent de m’apprendre leur pays, leur vie ici. Je ne voudrais être nulle part d’autre.       </p>
<div class="mceTemp" style="text-align:justify;">
<dl class="wp-caption alignright">
<dt class="wp-caption-dt"><img class="size-medium wp-image-203" title="DSC03548" src="http://lescarnetsephemeres.files.wordpress.com/2009/09/dsc03548.jpg?w=300&#038;h=200" alt="Pélerins refaisant le chemin de croix du Christ dans les rues du vieux Jérusalem" width="300" height="200" /></dt>
<dd class="wp-caption-dd">Pélerins refaisant le chemin de croix du Christ dans les rues du vieux Jérusalem</dd>
</dl>
</div>
<p style="text-align:justify;"><strong>Sherut </strong></p>
<p style="text-align:justify;">Je quitte Tel-Aviv, étape improvisée pour cause de shabbat, le lendemain matin.  Le jour de repos d’ailleurs, continue jusqu’au soir. Du coup, pour aller à Jérusalem, il n’y a guère le choix : les sherut, des minibus collectifs, sont les seuls transports en commun à fonctionner. J’en attrape un à la gare routière. Une heure et un taxi plus tard, je passe la porte de Jaffa, et je rentre dans la veille ville de Jérusalem.</p>
<p style="text-align:justify;">Comme premier contact, j’ai fait mieux. Les rues de la vieille ville sont étroites et, comme à Damas ou Saida, presque toutes organisées comme un souk. Et donc bondées. Les commerçants tentent de pêcher une proie dans le flot grouillant des touristes. Avec mes vingt kilos de bagages sur le dos, ce n’est pas exactement une situation idéale. Je me fraye un chemin tant bien que mal et débarque finalement à l’hôtel Hashimi, coincé entre une  échoppe de bijoux et un snack et tenu par des musulmans pour le moins traditionnels. Pas de petits déjeuners servis (c’est toujours le ramadan), tapis de prière coincé derrière le comptoir d’accueil à dégainer dans les premières notes du muezzin, voile presque intégral pour la gérante, longue barbe pour le patron.</p>
<p style="text-align:justify;">La barbe, c’est très tendance dans le vieux Jérusalem. On la porte avec chapeau, papillotes et costume chemise, avec djellaba blanche et petit chapeau blanc « j’ai fait mon pèlerinage à La Mecque », ou par-dessus une longue toge noire et un collier auquel pend une croix. Mais qu’on soit juif, musulman ou chrétien orthodoxe, on aime la pilosité faciale. Pour me fondre dans la masse, c’est encore raté. </p>
<p style="text-align:justify;"><strong>Golgotha </strong></p>
<p style="text-align:justify;">Par la force des choses, ma première après-midi sera chrétienne. L’esplanade des mosquées n’est ouverte aux non-musulmans que le matin (la mesure est liée à des tensions communautaires passées). Première étape obligatoire, l’église du Saint Sépulcre. Elle abrite le tombeau du Christ et le Golgotha, le rocher sur lequel il fut crucifié. J’entre par le transept gauche. En fait l’église n’a pas vraiment d’unité architecturale, elle se présente plus comme une succession de chapelles, administrées par les églises catholique, orthodoxe, coptes et arméniennes à la fois (ce qui vaut aux prêtes de deux bords d’en venir parfois aux mains  &#8211; ainsi que l’avait bien recommandé Jésus en son temps).  </p>
<div id="attachment_227" class="wp-caption alignright" style="width: 310px"><img class="size-medium wp-image-227 " title="DSC03572" src="http://lescarnetsephemeres.files.wordpress.com/2009/09/dsc035721.jpg?w=300&#038;h=200" alt="Prêtres orthodoxes à la sortie du Saint Sépuclre,  entamant une procession.  " width="300" height="200" /><p class="wp-caption-text">Prêtres orthodoxes à la sortie du Saint Sépuclre, entamant une procession. </p></div>
<p style="text-align:justify;"> A l’intérieur des fidèles se massent, se prosternent et embrassent la stèle commémorant la tombe « originelle » du Christ, prennent la file d’attente pour aller faire de même dans la chapelle dressée à l’endroit où son corps fut déplacé plus tard, et de même au Golgotha. Le rocher de la mort du Christ, si toutefois c’est bien celui-là (il fut identifié comme tel en 300 par Hélène, la mère de l’empereur romain Constantin, mais d’autres thèses existent), est au premier étage de l’église du Saint Sépulcre, qui en fait s’organise comme une addition de chapelles. Il est abrité sous du plexiglas, éclairé et surtout envahi d’icônes, de peintures, d’ex-voto, d’argent, d’or, de marbre et tout ce qui fait la décoration des églises orthodoxes. Tout ce qui fait un peu trop, aussi. J’aurais voulu voir un lieu un peu conservé, quelque chose de plus originel de moins redécoré. L’endroit n’en reste pas moins émouvant, même quand on est pas croyant.</p>
<div class="mceTemp" style="text-align:justify;">
<dl class="wp-caption alignleft">
<dt class="wp-caption-dt"><img class="size-medium wp-image-213" title="DSC03562" src="http://lescarnetsephemeres.files.wordpress.com/2009/09/dsc03562.jpg?w=300&#038;h=200" alt="Le Golgotha." width="300" height="200" /></dt>
<dd class="wp-caption-dd">Le Golgotha.</dd>
</dl>
</div>
<p style="text-align:justify;"> <strong>Ecce homo</strong></p>
<p style="text-align:justify;">On s’est retrouvés face à face sans s’être vus arrivés. Francesco et Valentina, les copains italiens de Petra et du Wadi Rum  s’apprêtent à rentrer dans le Saint-Sépulcre alors que j’en sors. Ils ont passé quatre heures à la frontière hier, le tampon iranien de Francesco n’a pas dû aider. On discute quelques minutes, on se donne vaguement rendez-vous le lendemain au mur des lamentations, mais je les reverrai pas.</p>
<p style="text-align:justify;"> Je poursuis sur les traces du prophète chrétien. Et je prends l’expression à la lettre, puisque je retrace le chemin de croix du Christ dans la vieille ville de Jérusalem, divisé en quatorze « stations » : ici il se fait flageller, ici Ponce Pilate dit « ecce homo » là le Christ tombe,  plus loin Simon l’aide à porter sa croix, ici Véronique lui essuie le front, après il tombe encore, là il est mis sur la croix, ici on lui plante des clous dans les mains et les pieds, ici on érige sa croix et puis attend qu’il meure. Une fois de plus, il existe plusieurs versions du chemin de croix et des lieux des différentes étapes. Mais la déambulation vaut pour l’histoire, pour le mythe dont elle est à l’origine.</p>
<div class="mceTemp" style="text-align:justify;">
<dl class="wp-caption alignright">
<dt class="wp-caption-dt"><img class="size-medium wp-image-214 " title="DSC03577" src="http://lescarnetsephemeres.files.wordpress.com/2009/09/dsc035772.jpg?w=200&#038;h=300" alt="Soeur copte se receuillant devant la cinquième station du chemin de croix, où  Jésus rencontra Simon de Cyrène. " width="200" height="300" /></dt>
<dd class="wp-caption-dd">Soeur copte se receuillant devant la cinquième station du chemin de croix, où Jésus rencontra Simon de Cyrène. </dd>
</dl>
</div>
<p style="text-align:justify;"> <strong>Adam et Mahomet </strong></p>
<p style="text-align:justify;">Deuxième jour, deuxième monde. Celui des musulmans d’abord, et son plus grand symbole : l’esplanade des mosquées où se dresse la mosquée du Rocher, le fameux dôme doré emblématique de Jérusalem. Mais mieux vaut être musulman pour y entrer. C’est même nécessaire. Je me contenterai donc d’imaginer le rocher qu’elle abrite et ce qu’il représente : l’origine du monde pour le Juifs,  qui y voient la matière avec laquelle Dieu créa Adam ; la fin de Mahomet pour les musulmans, pour qui le rocher est le point depuis lequel le prophète a rejoint le ciel la nuit de sa mort (il était venu de Médine et avait rejoint Jérusalem dans la nuit (belle performance), laissant une trace de pied toujours visible sur le rocher (sic)). Je me promène sur l’esplanade, manque de temps pour voir la mosquée Al-Aqsa voisine de celle du Rocher, dont je me fais éjecter de façon assez désagréable à 11h pile, puisque c’est le début de la prière.</p>
<div class="mceTemp" style="text-align:justify;">
<dl class="wp-caption alignleft">
<dt class="wp-caption-dt"><img class="size-medium wp-image-209" title="DSC03593" src="http://lescarnetsephemeres.files.wordpress.com/2009/09/dsc03593.jpg?w=200&#038;h=300" alt="La mosquée du Rocher. " width="200" height="300" /></dt>
<dd class="wp-caption-dd">La mosquée du Rocher. </dd>
</dl>
</div>
<p style="text-align:justify;"> Je rejoins le mur des lamentations, qui est en fait une partie d’un des quatre murs soutenant l’esplanade. C’est ce qui s’appelle de la cohabitation proche (et forcée). Ce mur n’est pas juste un mur. Différentes pierres se superposent, évoquent la superposition de l’histoire, d’Hérode aux Ottomans. Les pierres d’Hérode qui sont les fondations du mur, sont lissées par les mains des hommes qui viennent y prier à longueur de journée, parce que le mur est devenu une vraie synagogue à ciel ouvert. Ce qui implique qu’il y a des lamentations réservées aux hommes, sur la partie nord du mur et des lamentations pour les femmes, sur la partie sud. Et que les hommes ont visiblement plus besoin de se lamenter que les femmes, parce que leur bout du mur fait près du double. Des lamentations il y a en a et des prières aussi, dans la moindre fissure, le plus petit recoin, un trou caché, un bout de pierre plus poli, les petits papiers blancs sont incrustés dans le mur comme les diamants dans une roche. J’aurais envie de tous les lire, comprendre ce que cet endroit inspire aux fidèles, aux visiteurs juifs et non juifs, savoir s’il y a des messages qui concernent la famille, l’amour, la réussite, la maladie, la Palestine, ou tant d’autres choses. J’écris ma « prière », après avoir longuement hésité. Je l’enfonce autant que possible dans une fissure du mur. J’espère qu’elle y restera aussi longtemps que possible.</p>
<p style="text-align:justify;"> </p>
<div class="mceTemp" style="text-align:justify;">
<dl class="wp-caption alignright">
<dt class="wp-caption-dt"><img class="size-medium wp-image-210" title="DSC03609" src="http://lescarnetsephemeres.files.wordpress.com/2009/09/dsc03609.jpg?w=300&#038;h=200" alt="Le mur des lamentations. " width="300" height="200" /></dt>
<dd class="wp-caption-dd">Le mur des lamentations. </dd>
</dl>
</div>
<p style="text-align:justify;"><strong>Gethsélmani et toutes les nations </strong></p>
<p style="text-align:justify;">Des remparts à la porte de Damas, je marche la vieille ville encore toute une journée, que je termine au Mont des Oliviers. L’endroit vaut surtout pour les 15 000 sépultures qui le recouvrent. Puisque c’est sur le mont des oliviers que le messie (pour les juifs) doit venir,  et/ou que le Christ (pour les Chrétiens) doit revenir pour le Jugement Dernier. Ceux qui sont enterrés là seront donc les premiers à ressusciter et à être envoyé au paradis (ou ailleurs). La sépulture doit couter bonbon. Les tombes laissent la place à quelques église, dont celle de « toutes les nations », dont la déco presque art nouveau lui donne une vraie allure (enfin !).</p>
<div class="mceTemp" style="text-align:justify;">
<dl class="wp-caption alignleft">
<dt class="wp-caption-dt"><img class="size-medium wp-image-212" title="DSC03631" src="http://lescarnetsephemeres.files.wordpress.com/2009/09/dsc036311.jpg?w=300&#038;h=200" alt="Sépultures sur le Mont des oliviers. " width="300" height="200" /></dt>
<dd class="wp-caption-dd">Sépultures sur le Mont des oliviers. </dd>
</dl>
</div>
<p style="text-align:justify;">Une chapelle russe-orthodoxe donne sur le Gethsémani , le jardin d’olivier où le Christ a passé sa dernière nuit, avant de recevoir le baiser de Juda. Trois des oliviers auraient plus de 2000 ans. Et seraient donc les témoins de ce moment… Le jardin n’est pas envahi par l’inconographie orthodoxe, et c’est appréciable. D’autant que la tombe de la Vierge un peu plus loin (encore une fois, si c’est bien de ça qu’il s’agit), est à la mode Golgotha, avec plexiglas, tableaux, ex-voto et en prime, un pope qui me fait dégager illico quand il voit que je ne suis pas là pour m’agenouiller et baiser le plastique comme c’est manifestement la tradition dans ce pays. Le tout avec un air très méprisant.</p>
<p style="text-align:justify;"> </p>
<p style="text-align:justify;"> C’en est trop. La ferveur religieuse de Jérusalem me pesait depuis la veille, mais là, elle m’oppresse. C’est à se sentir coupable de ne pas être pratiquant. Je respecte le caractère saint de la ville. Ce n’est pas une raison pour traiter les non-croyants différemment. Du coup, je ne suis pas fâché d’aller à Bethléem le lendemain,  même si à la basilique de la Nativité, (construite comme souvent à travers l’histoire, de Constantin aux Croisés aux Franciscains) le scénario est le même. L’église est belle, avec ses mosaïques romaines et ses colonnes romanes. Pourquoi avoir transformé l’étable où est né le Christ en une chapelle de marbre et d’argent, pourquoi avoir placé une étoile douteuse à l’emplacement de sa naissance ?</p>
<div class="mceTemp" style="text-align:justify;">
<dl class="wp-caption alignright">
<dt class="wp-caption-dt"><img class="size-medium wp-image-215" title="DSC03640" src="http://lescarnetsephemeres.files.wordpress.com/2009/09/dsc03640.jpg?w=300&#038;h=200" alt="Nef de la basilique de la Nativité. " width="300" height="200" /></dt>
<dd class="wp-caption-dd">Nef de la basilique de la Nativité. </dd>
</dl>
</div>
<p style="text-align:justify;"> J’arpente les rues du vieux Bethléem, son souk, croise quelques portraits de Mahmoud Abbas, quelques taxis qui me proposent de me ramener à la frontière. Car Bethléem, c’est en Cisjordanie. Pour y aller, il faut franchir le mur, la « clôture de sécurité » qu’Israël construit depuis 2004. Après Chypre et le Liban, c’est la troisième fois que je dois montrer mon passeport pour circuler à l’intérieur d‘un pays. Même si les Palestiniens qui passent devant moi ont droit à bien plus « d’égard » de la part de Tsahal que moi.  Des postes de contrôle, des barrières tourniquet, des barrières électriques, des machines à rayons X, un long corridor en béton et en fil de fer qui longe le mur de chaque côté avant de déboucher sur l’un des territoires. C’est ça aujourd’hui, le processus de paix.  Côté israélien, le mur est gris, haut, fait peur. Côté palestinien, il est tagué de messages d’espoir ou de haine, ne rassure guère plus. Tout ça met très mal à l’aise.</p>
<p style="text-align:justify;"><img class="alignleft size-medium wp-image-216" title="DSC03652" src="http://lescarnetsephemeres.files.wordpress.com/2009/09/dsc03652.jpg?w=200&#038;h=300" alt="DSC03652" width="200" height="300" /> <strong>Juifs iraniens </strong></p>
<p style="text-align:justify;">Tant bien que mal, je parviens à rejoindre Jérusalem d’où je m’embarque pour la mer Morte. Dans le bus qui m’emmène à Ein Gedi, je rencontre Shirley et Simon, deux juifs iraniens émigrés à Los Angeles depuis 20 ans. Parce qu’évidemment, il ne fait pas bon être juif aux pays des ayatollahs. Ils visitent Israël et Paris en… une semaine, me demandent conseil pour planifier leurs visites dans la capitale française. Ils n’ont jamais entendu parler du Louvre ni de Versailles, et ça n’a pas l’air de leur faire très envie. La discussion est sympathique, même si nous n’avons visiblement pas les mêmes centres d’intérêts. Il m’est d’ailleurs très difficile de leur arracher quelques mots sur la situation politique en Iran, qui ne semble pas les passionner non plus. « <em>Ahmadinejad is out of his mind</em> ». Au moins là-dessus on est d’accord. </p>
<div class="mceTemp" style="text-align:justify;">
<dl class="wp-caption alignright">
<dt class="wp-caption-dt"><img class="size-medium wp-image-217" title="DSC03655" src="http://lescarnetsephemeres.files.wordpress.com/2009/09/dsc03655.jpg?w=300&#038;h=200" alt="Le mur, côté palestinien. " width="300" height="200" /></dt>
<dd class="wp-caption-dd">Le mur, côté palestinien. </dd>
</dl>
</div>
<p style="text-align:justify;">On a beau le savoir, il faut le faire pour le croire. Oui, dans la mer morte, on flotte. C’est même presque impossible de nager : si on se met à plat ventre pour tenter une brasse, les jambes remontent à la surface, c’est un effort de les garder sous l’eau. L’eau est une huile, un liquide très dense, sirupeux, presque gras. Pour cause, elle contient plus d’un tiers de sel. Mieux vaut ne pas y rester trop longtemps et se doucher en sortant. Je regarde les cotes jordaniennes en face, qui jouent à cache-cache avec la brume de la mer morte. Elles ont la couleur du désert de Jordanie, celui où j’étais encore trois jours auparavant, et qui semble déjà si loin.</p>
<p style="text-align:justify;"> Bientôt c’est Israël qui semblera loin elle aussi. Dès le lendemain soir à vrai dire. La dernière journée de la route me ramène à Tel-Aviv. Cette fois c’est chez Or que je loge. Il habite Jaffa, une banlieue sud avec quelques vieilles rues au charme difficilement refusable, surtout quand elles débouchent soudainement sur un panorama de la Tel-Aviv nouvelle, ses buildings, sa plage, son béton et son plastique. Ils ne manquent ceci dit pas forcément d’allure. Sans doute aussi parce que le millier d’immeubles Bauhaus, survivance des architectes allemands et autrichiens émigrés au début du XXe siècle, leur renvoie la modestie et l’élégance nécessaire. A certains coins de rues, je me croirais revenu à Vienne, tant l’architecture rappelle ici le Karl-Marx Hof ou les immeubles qui longent le Naschmarkt. Mais Tel-Aviv reste une ville méditerranéenne, tranchée par de grandes et larges avenues bordées de cafés et elles-mêmes tranchées par un terre-plein où le badauds mangent une glace sous un palmier, s’embrassent sur un banc, regardent passer la jeunesse israélienne qui arpente les boîtes, cherche un exutoire dans la nuit. Ma nuit à moi sera longue, car mon avion pour Larnaca décolle à 7 heures. Pas vraiment le temps de dormir, mais le temps de parler avec Or du conflit. Il se rappelle de son engagement politique après les accords d’Oslo en 1993 : « <em>j’avais 17 ans, moi et mes amis, on était à fond dans les manifs, on croyait que ça allait changer. Maintenant ca fait 17 ans, les choses sont presque les mêmes. Moi comme beaucoup de gens de ma génération, c’est pas qu’on ne veut pas la paix, c’est juste qu’on est lassé d’attendre, on préfère ne plus penser au conflit, s’occuper de nous </em>».</p>
<div class="mceTemp" style="text-align:justify;">
<dl class="wp-caption alignleft">
<dt class="wp-caption-dt"><img class="size-medium wp-image-218" title="DSC03668" src="http://lescarnetsephemeres.files.wordpress.com/2009/09/dsc03668.jpg?w=300&#038;h=200" alt="Tel-Aviv, vue de Jaffa. " width="300" height="200" /></dt>
<dd class="wp-caption-dd">Tel-Aviv, vue de Jaffa. </dd>
</dl>
</div>
<p style="text-align:justify;"> Ce qu’il m’a dit, comme ce que m’ont raconté les enfants de Chypre, du Liban et d’Israël, sera l’objet d’un reportage que les Carnets accueilleront dans les semaines à venir, et qui se demandera comment on hérite d’un conflit né dans la génération de ses parents.</p>
<p style="text-align:justify;">Car la route se termine ici. J’ai rallié Jérusalem depuis Beyrouth, la boucle se boucle. Après un contrôle qui manque d’être musclé à l’aéroport de Tel-Aviv, j’en arpente les immenses duty free, tente de retracer dans ma tête ce voyage. Tant de choses.  Il est 5 heures du matin, j’attends mon avion et j’ai bien du mal à réaliser ce qui se passe, ce qui s&#8217;est passé. Le double effet café-fatigue n’arrange rien. Il faudra un du temps pour savoir quoi retirer de ce voyage. A ce moment, tout ce que je sais, c’est que la route est terminée.</p>
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		<title>La dernière frontière</title>
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		<pubDate>Wed, 16 Sep 2009 21:54:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Corentin Bainier</dc:creator>
				<category><![CDATA[Carnets d&#039;Orient]]></category>
		<category><![CDATA[Aqaba]]></category>
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		<description><![CDATA[Combien de temps êtes-vous resté en Syrie ? A quelles dates précisément ? Et avant ça, vous étiez au Liban…attendez, je ne comprends pas : sur votre passeport, vous avez un tampon d’entrée au Liban le 30 et un tampon &#8230; <a href="http://lescarnetsephemeres.wordpress.com/2009/09/16/la-derniere-frontiere/">Lire la suite <span class="meta-nav">&#8594;</span></a><img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=lescarnetsephemeres.wordpress.com&amp;blog=8582646&amp;post=191&amp;subd=lescarnetsephemeres&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;">Combien de temps êtes-vous resté en Syrie ? A quelles dates précisément ? Et avant ça, vous étiez au Liban…attendez, je ne comprends pas : sur votre passeport, vous avez un tampon d’entrée au Liban le 30 et un tampon de sortie le 29. Ah, vous êtes resté un mois&#8230; Qu’avez-vous fait au Liban ? Quel type de stage ? Et quel est le nom de ce site d’informations ? Quelle est votre adresse e-mail ? Quel est le numéro de téléphone que vous avez utilisé lors de votre séjour à Beyrouth? Oui, ça serait préférable que vous vous en souveniez. Que venez-vous faire en Israël ? Combien de temps restez-vous ici ? Non ce n’est pas la peine de me montrer votre billet d’avion. Connaissez-vous des personnes en Israël ? Pouvez-vous me donner leur adresse et leur numéro de téléphone ?</p>
<div id="attachment_192" class="wp-caption alignleft" style="width: 460px"><img class="size-full wp-image-192 " title="2064262205_08ea6bd937" src="http://lescarnetsephemeres.files.wordpress.com/2009/09/2064262205_08ea6bd937.jpg?w=500" alt="Check point (crédit flickr). "   /><p class="wp-caption-text">Check point d&#39;Aqaba, le drapeau jordanien en fond (crédit flickr). </p></div>
<p style="text-align:justify;">C’est un flot de questions au quel je m’attendais. J’ai tellement pensé à Eilat. J’ai tellement anticipé ce moment, je l’ai préparé, imaginé, projeté sous tous les angles et dans toutes les tournures possibles. Parce que rentrer en Israël après avoir passé un mois au Liban et deux jours en Syrie, deux pays qui n’entretiennent pas franchement des relations amicales avec l’Etat hébreu, n’est pas censé être une partie de plaisir. J’avais tout imaginé de cette étape particulière de ma route. Pourtant, rien ne s’est passé comme prévu.</p>
<p style="text-align:justify;"><strong>Point de demi-tour</strong></p>
<p style="text-align:justify;">Je quitte Aqaba dans un matin calme de Ramadan, je déniche une boulangerie ouverte malgré le jeûne et me force à avaler autant de baklavas et de pâtisseries arabes que possible. Car la journée pourrait être longue, longue d’attente à cette frontière qui pourrait n&#8217;être, elle, qu&#8217;un point de demi-tour vers la Jordanie. Je passe les formalités en Jordanie, paye comme en Syrie, ma « taxe de sortie » (5 euros). Des bureaux s’alignent le long d’un bâtiment à étage unique flanqué d’un préau. Le dernier tampon tamponné, la dernière grille passée, je m’engage dans un no man’s land entre les deux Etats, un bout de route bétonné d’environ 200 mètres de long. Je suis absolument seul. Le soleil de la mer Rouge est chaud mais atténué par le vent qui persifle dans mes oreilles. Le drapeau jordanien claque contre son armature sur un rythme parfaitement régulier et on dirait un son de cloche. Le bruit, les couleurs, la solitude, donnent à ce moment un caractère solennel, qui s’amplifie alors que le drapeau israélien grossit à l’horizon.</p>
<div id="attachment_193" class="wp-caption alignright" style="width: 460px"><img class="size-full wp-image-193" title="2535303856_f577ec9e64" src="http://lescarnetsephemeres.files.wordpress.com/2009/09/2535303856_f577ec9e64.jpg?w=500" alt="(crédit flickr- j'avais peur que des photos retrouvées dans mon appareil ralongent mon séjour à la frontière). "   /><p class="wp-caption-text">(crédit flickr- j&#39;avais peur que des photos retrouvées dans mon appareil ralongent mon séjour à la frontière). </p></div>
<p style="text-align:justify;">Je laisse mon sac pour un premier contrôle aux rayons X. Derrière la machine, des photos rappellent que, depuis le 26 octobre 1994, Israël et la Jordanie s’aiment très fort. Il y a quinze ans, Bill Clinton avait réuni feu Hussein et feu Yitzhak Rabin dans le désert jordanien du Wadi Araba, frontalier d’Israël, pour qu’ils se serrent la pince et se promettent développer des relations diplomatiques, économiques et plus si affinités. Hussein et Yitzhak étaient très contents, d’ailleurs la photo suivante rappelle que le premier Ministre avait offert une clope au roi pour fêter ça. Rabin ne se souciait visiblement pas assez de sa santé, ni de sa sécurité, puisqu’à peine un an plus tard, un extrémiste juif l’abattrait de deux balles, pour le remercier d’avoir signé les accords d’Oslo avec Arafat en 1993. Il y a quinze ans aussi, il y avait des imbéciles qui pensaient que le conflit israélo-palestinien pouvait se régler autrement que par la paix.</p>
<p style="text-align:justify;"><strong>Douceur maternelle </strong></p>
<p style="text-align:justify;">Deuxième étape, le bureau des passeports, où c’est censé devenir moins drôle. Mais là où j’attendais deux colosses imbuvables, prêts à tout pour me renvoyer chez moi via l’aéroport d’Amman, c’est un petit bout de femme, la quarantaine, bandeau dans les cheveux et jupe très longue (donc probablement très religieuse), qui m’accueille. Sa voix a la douceur de celle d’une mère, son regard est presque rassurant, elle me parle avec le sourire. Et en français. Situation tellement inattendue que le « contrôle de sécurité », c’est-à-dire les questions qui visent à savoir ce que j’ai fait dans les pays arabes ennemis d’Israël, m’apparait d’une banalité improbable. « Vous pouvez aller attendre, on va examiner votre cas, ca prendra au moins une heure, voire beaucoup plus ».</p>
<p style="text-align:justify;">Voire pas. Quarante-cinq minutes plus tard, une autre douanière me ramène mon passeport. Vu le délai, je me dis que c’est cuit. Elle me demande si je veux mon tampon sur le passeport ou sur une feuille volante. Le tampon…pour rentrer en Israël ?, je bredouille. « Ben oui ». Je demande la feuille volante, ça me permettra de retourner en Syrie et au Liban à l’occasion. Mais je ne demande pas mon reste, trop content que les choses aient été si simples.</p>
<div id="attachment_194" class="wp-caption alignright" style="width: 310px"><img class="size-medium wp-image-194" title="DSC03539" src="http://lescarnetsephemeres.files.wordpress.com/2009/09/dsc03539.jpg?w=300&#038;h=200" alt="Aqaba et les côtes jordaniennes, depuis Eilat. " width="300" height="200" /><p class="wp-caption-text">Aqaba et les côtes jordaniennes, depuis Eilat. </p></div>
<p style="text-align:justify;"><strong>Shabbat oblige</strong></p>
<p style="text-align:justify;">Il est midi quand je débarque dans le centre d’Eilat. Pénélope Cruz s’étale sur une immense photo pour Mango le long de la façade d’un centre commercial, juste au-dessus d’un McDo, lequel donne sur une plage où David Guetta et Bob Sinclar accompagnent à coup de synthés bien compressés des plagistes à la peau très huilée et aux dents très blanches. Les filles déambulent en mini-jupe, en bikini ou en débardeur. Là, un type boit une bière à la canette. Les taxis ne klaxonnent pas n’importe quel piéton. Les voitures s’arrêtent au passage clouté. Quelques secondes suffisent pour savoir qu’on est en Occident.</p>
<p style="text-align:justify;">C’est l’Occident mais c’est aussi un pays bâti autour du judaïsme. Et on est vendredi. Je sais que si je veux un bus pour partir à Jérusalem, je dois faire vite, shabbat oblige. J’arrive à la gare routière, mais le temps de me renseigner et de retirer de l’argent, il est déjà trop tard pour attraper le dernier bus vers la ville trois fois sainte. En reste un pour Tel-Aviv, deux heures plus tard. De quoi me laisser le temps de sauter quelques minutes dans le mer Rouge et de me dire que j’ai nagé entre les côtes jordaniennes, saoudiennes et égyptiennes. Ce qui n’arrive pas tous les jours, quand même.</p>
<div id="attachment_195" class="wp-caption alignleft" style="width: 310px"><img class="size-medium wp-image-195" title="DSC03544" src="http://lescarnetsephemeres.files.wordpress.com/2009/09/dsc03544.jpg?w=300&#038;h=200" alt="Le désert de Néguev. La route repart vers le nord." width="300" height="200" /><p class="wp-caption-text">Le désert de Néguev. La route repart vers le nord.</p></div>
<p style="text-align:justify;">Le bus remonte le désert de Néguev, qui rappelle ici les Wadi de Jordanie, se fait là sa propre identité de couleur -jaune très clair ou blanc- de lumière -souvent pâle, brumeuse sur l’horizon. Les atmosphères que je perçois depuis les aires d’autoroute sont aussi fascinantes que celles du sud jordanien. Comme à Damas ou à Pétra, je regrette que mon voyage soit si court. J’aurais aimé l’idée de m’arrêter dans un kibboutz improbable le long de la route. Mais je n’ai que quatre jours en Israël, qui, sans trop pousser la métaphore, est aussi la terre promise de ce voyage, puisqu’elle en est la dernière étape. Celle que je cherche à atteindre depuis mon départ de Beyrouth. Direction de Tel-Aviv et Jérusalem. Et la route repart vers le nord.</p>
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		<title>Voir Pétra et puis …</title>
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		<pubDate>Fri, 11 Sep 2009 15:21:31 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Corentin Bainier</dc:creator>
				<category><![CDATA[Carnets d&#039;Orient]]></category>
		<category><![CDATA[Amman]]></category>
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		<description><![CDATA[J’ai régulièrement mis à  l’épreuve la théorie qui consiste à dire que plus on attend d’une œuvre d’art d’être émouvante, suivant les commentaires qu’elle suscite, plus on attend d’un moment de notre vie qu’il soit exceptionnel, suivant des critères bien &#8230; <a href="http://lescarnetsephemeres.wordpress.com/2009/09/11/voir-petra-et-puis-%e2%80%a6/">Lire la suite <span class="meta-nav">&#8594;</span></a><img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=lescarnetsephemeres.wordpress.com&amp;blog=8582646&amp;post=173&amp;subd=lescarnetsephemeres&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;">J’ai régulièrement mis à  l’épreuve la théorie qui consiste à dire que plus on attend d’une œuvre d’art d’être émouvante, suivant les commentaires qu’elle suscite, plus on attend d’un moment de notre vie qu’il soit exceptionnel, suivant des critères bien personnels, plus on risque d’être déçu tant notre exigence est accrue. Jusqu&#8217;à ce mardi 1er septembre, je crois que seul <em>Abbey Road</em>, <em>Into the Wild</em> ou les aurores boréales de Laponie avaient contredit cet adage. Désormais, il y aura également Pétra. Et les deux jours d’émerveillement qu’elle m’aura procuré.</p>
<p style="text-align:justify;">
<div id="attachment_175" class="wp-caption alignleft" style="width: 310px"><img class="size-medium wp-image-175" title="DSC03355" src="http://lescarnetsephemeres.files.wordpress.com/2009/09/dsc033551.jpg?w=300&#038;h=200" alt="Le désert le long de la route du Roi. " width="300" height="200" /><p class="wp-caption-text">Le désert le long de la route du Roi. </p></div>
<p style="text-align:justify;">J’étais arrivé la veille au soir à Amman depuis Damas, trop tard pour voir une ville dont, justement je n’attendais rien, puisque, justement, je n’avais entendu de la capitale du royaume hachémite jordanien que des mots très fades. Pas de regret de n’y passer qu’une nuit. Pas de regret non plus de  me lever très tôt le lendemain matin car j’attrape le bon bus. Celui où je rencontre Maria, 35 ans, une routarde espagnole. Elle vit à Londres ou elle a repris des études pour devenir travailleuse sociale. On discute une bonne heure, de la route, du voyage seul, de la Jordanie. Le paysage défile et le désert se précise au fur et a mesure que les kilomètres nous enfoncent toujours plus au sud. Le long de la route, le sable se fait plus présent et plus rouge aussi, les rochers plus imposants, les traces des hommes s’espacent progressivement.</p>
<p style="text-align:justify;">
<div id="attachment_176" class="wp-caption alignright" style="width: 310px"><img class="size-medium wp-image-176" title="DSC03363" src="http://lescarnetsephemeres.files.wordpress.com/2009/09/dsc03363.jpg?w=300&#038;h=200" alt="Le siq. " width="300" height="200" /><p class="wp-caption-text">Le siq. </p></div>
<p style="text-align:justify;">En descendant du bus à Wadi Musa, le village attenant au site de Pétra, nous rencontrons Kara, 24 ans, Ohio. Elle vient d’arriver en Jordanie, où elle passe quelques jours avant d’aller en Israël. Les sacs sont déposés à l’hôtel et l’équipe de trois vite formée. Il est 13 heures, nous partons en découdre avec les Nabatéens, la civilisation (un peu trop oubliée par l’histoire) qui a bâti ce site irréel.</p>
<p style="text-align:justify;"><strong>Palettes de rouge</strong></p>
<p style="text-align:justify;">Pétra c&#8217;est d&#8217;abord un long canyon, le siq, qui se découpe entre des rochers aux formes généreuses, ondulées et cabossées à la fois, dans une roche lissée par le temps. Elle est aussi poreuse, trace sans doute de la rivière qui y coulait et que les Nabatéens ont détournée au premier siècle avant Jésus Christ, pour faire du siq un sas d&#8217;accès à la ville. Sas long de plus d’un kilomètre, étroit d&#8217;à peine dix mètres et très profond. Et donc parfait pour défendre la cité, sur laquelle Alexandre le Grand, les Romains et bien d&#8217;autres se sont cassé les dents.</p>
<p style="text-align:justify;">
<div id="attachment_177" class="wp-caption aligncenter" style="width: 210px"><img class="size-medium wp-image-177" title="DSC03426" src="http://lescarnetsephemeres.files.wordpress.com/2009/09/dsc03426.jpg?w=200&#038;h=300" alt="Le Khazneh. " width="200" height="300" /><p class="wp-caption-text">Le Khazneh. </p></div>
<p style="text-align:justify;">Quelques minutes dans le siq suffisent déjà à être comblé, mais lorsque celui débouche, presque par surprise, sur le Khazneh, le très fameux tombeau du Trésor, je prends la vraie mesure de ce que je suis en train de voir. Cet immense tombeau taillé  dans une roche qui réunit toutes les palettes de rouge, marque de façon solennelle l&#8217;entrée dans les merveilles nabatéennes. Chaque minute est un émerveillement nouveau devant cette montagne taillée, cette montagne du désert qui borde Petra, la couve comme une enfant prodige et lui offre en périphérie des paysages qu&#8217;aucun peintre n&#8217;aurait osé imaginer Le théâtre, les tombes royales, les chemins escarpés qui mènent en haut du Khazneh ou au haut lieu du Sacrifice…Pétra ne s&#8217;écrit pas, elle se voit. Elle offre sans mal un spectacle immense à son visiteur, et l&#8217;invite a méditer la beauté du monde quand l&#8217;homme sait s&#8217;accorder si parfaitement avec la nature. A soir du second jour, je termine mon escapade avec Maria en haut de la montagne du monastère. Devant nous, le désert de Wadi Araba, Israël et le soleil qui se couche.</p>
<p style="text-align:justify;"><img class="alignleft size-medium wp-image-178" title="DSC03442" src="http://lescarnetsephemeres.files.wordpress.com/2009/09/dsc03442.jpg?w=300&#038;h=200" alt="DSC03442" width="300" height="200" /></p>
<p style="text-align:justify;">Ces deux jours ont aussi donné une autre tournure au voyage parce que j&#8217;y ai fait quelques rencontres. Mercredi soir je dîne avec Kara dans Wadi Musa. On parle de voyages, d&#8217;Israël où elle aussi, elle ira après la Jordanie. Kara me parle de son Amérique. Entre Obama et McCain, elle avoue avoir hésité un moment, mais quand Palin est arrivée, c&#8217;était &#8220;<em>no way</em>&#8220;. Elle est contente de son président, mais elle a peur de la réforme du système de santé: &#8220;<em>s&#8217;il ne la fait pas adopter, son mandat est foutu, il ne pourra pas lancer d&#8217;autres grands projets de ce genre</em>.&#8221; La discussion s’emballe, je tente de lui expliquer la laïcité française,  elle s&#8217;inquiète du créationnisme qui s&#8217;est payé un musée à Cincinnati, où elle vit.</p>
<p style="text-align:justify;">
<div id="attachment_179" class="wp-caption alignright" style="width: 310px"><img class="size-medium wp-image-179" title="DSC03391" src="http://lescarnetsephemeres.files.wordpress.com/2009/09/dsc03391.jpg?w=300&#038;h=200" alt="Bédouines (presque authentiques) près du Haut Lieu du Sacrifice. " width="300" height="200" /><p class="wp-caption-text">Bédouines (presque authentiques) près du Haut Lieu du Sacrifice. </p></div>
<p style="text-align:justify;"><strong>It’s a Bedouin life </strong></p>
<p style="text-align:justify;">A Pétra on ne rencontre pas que des routards. Sur le site, impossible de passer à côté des Bédouins. Alors que le site était tombé dans l&#8217;oubli après la chute des Romains (qui avaient finalement réussi à le piquer aux Nabatéens au IIe siècle en les asphyxiant économiquement), ils ont veillé dessus, depuis leurs grottes. Au début des années 1970, les Jordaniens comprennent qu&#8217;à Pétra il y a de l&#8217;argent à faire. Ils aménagent le site pour les touristes, puis en 1985, dégagent les Bédouins des grottes attenantes, parce qu’il faut bien présenter devant l’occidental en goguette. Les sbires de Hussein relocalisent les Bédouins dans un village à proximité de Pétra.</p>
<p style="text-align:justify;">Du coup, les Bédouins de Pétra deviennent vendeurs de bijoux, loueurs de chameaux, guides divers. Pour des nomades, ça fait un changement. Mais pas assez pour qu’ils perdent leur tradition d’hospitalité. D&#8217;ailleurs, à la fin de la première journée, nous nous faisons inviter avec Kara et Maria à prendre le thé- dont un Bédouin boit plusieurs litres par jour- dans leur village. Ahmed nous explique la philosophie de son peuple: <em>&#8220;nous l&#8217;argent et le temps, on s&#8217;en fout, on vit  de ce qu&#8217;on a, on ne planifie jamais rien. Demain, c&#8217;est demain, c’est aujourd’hui qui compte. Ce qui compte c&#8217;est de voyager et de rencontrer des gens.&#8221; </em></p>
<p style="text-align:justify;">Forcément, quand on le voit avec sa tasse de thé, assis en tailleur sur son tapis en train de toiser son feu, la clope au bec, le bandana bien fixé sur ses dreadlocks, Ahmed a la classe. Mais quand le lendemain, un puis deux, puis trois et quatre Bédouins nous sortent exactement le même discours, je commence à douter de leur authenticité. J&#8217;en doute encore plus quand je me rends compte qu&#8217;aucun d&#8217;entre eux n&#8217;est capable de me parler ni de leur culture, ni de leur rapport aux Arabes, ni de quoi que ce soit de concret  pendant plus de deux minutes. Par contre, pour raconter leurs exploits sexuels avec les touristes, là, les Bédouins de Pétra ont de la salive à revendre. Beaucoup trop d’ailleurs. Au final, le &#8220;Bedouin way of life&#8221; avec lequel ils m&#8217;ont rabattu les oreilles pendant deux jours, s&#8217;apparente surtout à un concept pour occidental stressé. Difficile de leur en vouloir. Ces gosses ont grandi avec les touristes, ont été dopés aux cours d’anglais à l’école, bien loin de leur culture traditionnelle. C’est juste dommage de ne pas faire de rencontre vraiment enrichissante.</p>
<p style="text-align:justify;">
<div id="attachment_180" class="wp-caption alignleft" style="width: 310px"><img class="size-medium wp-image-180" title="DSC03443" src="http://lescarnetsephemeres.files.wordpress.com/2009/09/dsc03443.jpg?w=300&#038;h=200" alt="Les nécropoles royales. " width="300" height="200" /><p class="wp-caption-text">Les nécropoles royales. </p></div>
<p style="text-align:justify;"><strong>Silence absolu</strong></p>
<p style="text-align:justify;">Peu importe. Pétra se suffit à elle-même. Je pourrais rester une semaine entière à laisser traîner mes pieds dans sa poussière rouge, à méditer perché sur ses montagnes, à la recherche du silence absolu qui ne se cache jamais très longtemps. Mais la route m&#8217;attend. Après Petra, elle doit m’amener dans un autre lieu mythique, le désert de Wadi Rum. Jeudi matin, je retrouve Francesco et Valentina , deux italiens fauchés rencontrés la veille au Monastère, pour continuer vers le sud. Maria devait venir avec nous, mais elle a filé à l&#8217;aube, sans prévenir… C’est aussi ça les rencontres de la route, on passe une ou deux journées avec des gens, mais ils disparaissent de notre vie comme ils y sont entrés, par hasard.</p>
<p style="text-align:justify;">Un bus et deux auto stop plus tard, nous entrons dans la réserve ou Lawrence d&#8217;Arabie, du moins celui de T.E Lawrence, a reuni les armées arabes. A peine arrivés au Visitors Center, un Bédouin, Ali, nous bondit dessus et nous propose de nous emmener en jeep découvrir les merveilles du désert. A 15 euros de l&#8217;heure, non merci. Mais très vite, il faut se rendre a l&#8217;évidence. Ici, la beauté se paye. La très grosse majorité du site n&#8217;est pas accessible à pied. Je dépose mes affaires avec mes deux acolytes au campement (ici, pas d&#8217;hôtels), et je finis par me résigner à accepter la « super special offer » d&#8217;Ali. Les deux heures de jeep vont finalement durer 40 minutes, puisque je devrai accompagner Ali déjeuner avec ses amis Bédouins le reste du temps.</p>
<p style="text-align:justify;">
<div id="attachment_181" class="wp-caption alignright" style="width: 310px"><img class="size-medium wp-image-181" title="DSC03525" src="http://lescarnetsephemeres.files.wordpress.com/2009/09/dsc03525.jpg?w=300&#038;h=200" alt="Le Wadi Rum, très beau, très cher. " width="300" height="200" /><p class="wp-caption-text">Le Wadi Rum, très beau, très cher.</p></div>
<p style="text-align:justify;">Je tente d&#8217;oublier, j&#8217;ouvre grands mes yeux. Les rocs sont roses, oranges, rouges, tantôt lisses, tantôt escarpés, ici un arbre a poussé on ne sait comment, là un puit permet aux dromadaires de s&#8217;abreuver et de stocker de l&#8217;eau dans leur bosse avant de partir arpenter le désert. Reste que mon plaisir est gâché par mon pseudo guide, qui en plus de m’arnaquer, ne connaît rien au Wadi Rum.</p>
<p style="text-align:justify;"><strong>Marcher jusqu’à Jérusalem</strong></p>
<p style="text-align:justify;">Il est 16 heures quand il me ramène au campement, et je me demande bien ce que je vais pouvoir faire jusqu&#8217;au lendemain matin, ou j&#8217;avais prévu de rejoindre Aqaba. Et puisque le voyage, c’est aussi l’improvisation, je décide d&#8217;avancer mon étape. Deux arnaques bédouines plus loin, j&#8217;arrive à la jonction entre la route de Wadi Rum et la route du Roi qui relie le nord au sud de la Jordanie.  Deux paysans me prennent en stop. Quelques kilomètres plus loin, ils embarquent également Mike, un anglais de 28 ans. Lui la route, ça ne fait pas –comme moi- six jours, mais six mois qu&#8217;il la fait.&#8221; <em>Je savais pas quoi faire dans le Sussex, mes potes m&#8217;ont dit &#8220;tu n&#8217;as qu&#8217;a marcher jusqu&#8217;a J</em><em>érusalem&#8221;, donc je l&#8217;ai fait</em>&#8220;. Tout de suite, ça en jette. Sauf qu&#8217;avec sa barbe et son Coran dans le sac, les douaniers de Pont Allenby ne l&#8217;ont pas laisser rentrer en Terre Promise. Mais Mike reste philosophe. Maintenant, il veut rentrer en Angleterre. Par l&#8217;Afrique du Nord, et à pied, évidemment.</p>
<p style="text-align:justify;">
<div id="attachment_182" class="wp-caption alignleft" style="width: 310px"><img class="size-medium wp-image-182" title="DSC03536" src="http://lescarnetsephemeres.files.wordpress.com/2009/09/dsc03536.jpg?w=300&#038;h=200" alt="Arbre miraculeux et bienvenu pour les chèvres.  " width="300" height="200" /><p class="wp-caption-text">Arbre miraculeux et bienvenu pour les chèvres.  </p></div>
<p style="text-align:justify;"><strong>Convergence des mondes</strong></p>
<p style="text-align:justify;">J&#8217;arrive à Aqaba en fin d&#8217;après-midi. La ville n&#8217;a rien de bien excitant, mais sa situation suffit à laisser rêveur. Blottie entre l&#8217;Arabie Saoudite, Israël et l&#8217;Egypte, elle m&#8217;évoque un point de convergence entre trois continents, trois mondes. Je regarde les cotes à l&#8217;est et à l&#8217;ouest, je pense à tous les pays que je voudrais découvrir.</p>
<p style="text-align:justify;">J’entre à l&#8217;hôtel à la même seconde que Mehdi, qui lui est venu d&#8217;Egypte. Il est marocain, va rentrer à l&#8217;ENA, et s&#8217;offre quelques jours de vacances improvisés au Proche-Orient. On dîne ensemble, il me parle de son Maroc, où il aimerait tellement que l&#8217;éducation se développe (officiellement, 51% de la population est alphabétisée), qu&#8217;elle soit plus cohérente (le français est langue d&#8217;enseignement à l&#8217;université mais pas à l&#8217;école- du coup à la fac, <em>&#8220;on </em><em>écrit en petit nègre&#8221;</em>). D&#8217;autant que selon lui, ce manque d&#8217;éducation est le terreau d&#8217;un islamisme qui gagne du terrain, &#8220;<em>rapport</em><em>é par des immigrés qui rentrent au pays, après s&#8217;être radicalisés a l&#8217;étranger…Paradoxal, non ?</em>&#8220;. Je le laisse partir découvrir le Wadi Rum, après l&#8217;avoir mis en garde.</p>
<p style="text-align:justify;">Ma route à moi en a fini de descendre au sud .d Elle tourne vers l’ouest, en longeant la cote de la mer Rouge jusqu’à Eilat en Israël, pour une étape un peu spéciale. Le lendemain, je devrais convaincre les douanes israéliennes que mon passage au Liban et en Syrie n&#8217;était guidé par la curiosité de découvrir des cultures différentes de la mienne. Quand le voyage se heurte à la réalité politique. Mais la route ce sont aussi les aléas. Depuis le temps que cette question de la frontière me préoccupe, j&#8217;ai fini par la prendre avec recul. Au check point d’Eilat, advienne que pourra.</p>
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		<title>Damas, une dictature dans l&#8217;islam</title>
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		<pubDate>Sat, 05 Sep 2009 19:57:34 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Corentin Bainier</dc:creator>
				<category><![CDATA[Carnets d&#039;Orient]]></category>
		<category><![CDATA[Damas]]></category>
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		<description><![CDATA[Dans les méandres de l&#8217;administration de Bachar el-Assad, héritière de celle de feu son père Rufeiz, décédé  en 2000, et de celle des ses (tout aussi peu démocrates) prédécesseurs à la tête de l&#8217;Etat syrien, il court le bruit que &#8230; <a href="http://lescarnetsephemeres.wordpress.com/2009/09/05/damas-une-dictature-dans-lislam/">Lire la suite <span class="meta-nav">&#8594;</span></a><img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=lescarnetsephemeres.wordpress.com&amp;blog=8582646&amp;post=151&amp;subd=lescarnetsephemeres&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;">Dans les méandres de l&#8217;administration de Bachar el-Assad, héritière de celle de feu son père Rufeiz, décédé  en 2000, et de celle des ses (tout aussi peu démocrates) prédécesseurs à la tête de l&#8217;Etat syrien, il court le bruit que l&#8217;on trouve encore des cartes de la Syrie intégrant le Liban. De même que la région d&#8217;Antioche, que la Syrie voudrait bien repiquer à la Turquie, ou le Golan. La Syrie qui semble appartenir à ces pays qui, à l&#8217;instar d’une Serbie, se fantasment en &#8220;Grand&#8221; mais n&#8217;y arrivent pas. Ou plus. Et, à vrai dire, quand j&#8217;arrive à Damas après un mois à Beyrouth, j&#8217;ai du mal à comprendre ce fantasme libanais tant Damas et Beyrouth ont de différences. Du moins, c&#8217;est la conclusion à laquelle m&#8217;ont amené  quarante-huit heures dans l&#8217;ancien fief des Omeyyades.</p>
<div id="attachment_158" class="wp-caption alignleft" style="width: 310px"><img class="size-medium wp-image-158" title="DSC03289" src="http://lescarnetsephemeres.files.wordpress.com/2009/09/dsc032892.jpg?w=300&#038;h=200" alt="Dans le souk." width="300" height="200" /><p class="wp-caption-text">Dans le souk.</p></div>
<p><strong>Arnaque à 3 dollars</strong></p>
<p style="text-align:justify;">Je débarque samedi en fin d&#8217;après-midi, partagé entre une déprime post-beyrouthine aussi inattendue que pesante et l&#8217;excitation d’aller arpenter les souks de Damas dont on me parle à peu près tous les jours depuis que je suis au Proche -Orient. Le premier souk à Damas, c&#8217;est celui de la ville: le taxi collectif me laisse je-ne-sais-pas-où, je n&#8217;ai que des dollars et pas une livre syrienne sur moi, je prends le Routard, repère le nom d&#8217;un quartier central avec quelques hôtels, arrête un taxi qui, pour cinq minutes de trajet, m&#8217;arnaquera (3 dollars, tout reste relatif). J&#8217;atteins finalement l&#8217;hôtel Salam. Pas franchement excitant, mais il fera l&#8217;affaire pour quelques heures de sommeil entre deux jours de visite.</p>
<p style="text-align:justify;">Parce que la première différence entre Beyrouth et Damas, c&#8217;est que la seconde a pu conserver son histoire, et la plus ancienne. La vieille ville est un enchainement de rues-souks, ou s&#8217;alignent dans un vacarme méticuleux, de minuscules échoppes. Chacune sa spécialité, les plus attendues – épices comme on imagine l&#8217;Orient, bijoux qui vont du bling-bling aux beaux colliers de cuivre ou d&#8217;argent, vêtements- et les plus inattendues – boutiques de foulards islamiques exposés sur des têtes de mannequins, sous-vêtements hideux (string frou-frou rose, ensemble cuir ou latex de toutes les couleurs (vraiment toutes), j&#8217;en passe), posters de catch et de foot (sans doute parce que certaines valeurs sont universelles). Au milieu de ces rues surgissent ici des madrassas aux portes volutées, des hammams à la vapeur vivifiante, des dizaines de petites mosquées plus ou moins charmantes. Elles n’ont en tout cas rien à voir avec la mosquée des Omeyyades, sa cour immense et éternelle, sa salle de prière vrai lieu de méditation lourd de ses huit siècles d’histoire. Lui répond le palais Azem, dont les jardins et la cour intérieure sont un Alhambra miniature, témoin du rayonnement damascène du XVIIIe siècle. Un rayonnement qui rappelle aussi le musée archéologique, qui recèle de petites (et grandes) merveilles. J’aime tourner autour des sculptures antiques, scruter minutieusement une colonne corinthienne en cherchant un détail que j’espère secrètement être le premier à voir depuis des siècles.</p>
<div><strong> </strong> <strong>Valse avec Bachar</strong></p>
<p style="text-align:justify;">Le rayonnement, ou plutôt, le rayonnant de Damas aujourd’hui, s’appelle Bachar El-Assad. Le ton était donné dès la frontière libano-syrienne. Sur le premier kilomètre, je compte pas moins de dix portraits géants agrémentés de grands écritures arabiques, qui doivent renvoyer à quelque grande déclaration ou quelque grand projet du grand chef.</p>
<div id="attachment_161" class="wp-caption aligncenter" style="width: 310px"><img class="size-medium wp-image-161" title="DSC03283" src="http://lescarnetsephemeres.files.wordpress.com/2009/09/dsc03283.jpg?w=300&#038;h=200" alt="Jamais sans mon president. " width="300" height="200" /><p class="wp-caption-text">Jamais sans mon president. </p></div>
<p style="text-align:justify;">Dans les rues de la capitale, la fréquence des portraits ne diminue pas. Sur les murs, dans les boutiques, les bureaux, sur les motos de police et les vitres arrière de voiture, ici, tout le monde valse avec Bachar. Et au pas. Cette omniprésence donne l’impression que tout le monde l’aime, et met franchement mal à  l’aise. Méandres d’un premier voyage en dictature.</p>
<div><strong> </strong></p>
<div id="attachment_171" class="wp-caption alignleft" style="width: 210px"><strong><img class="size-medium wp-image-171" title="DSC03339" src="http://lescarnetsephemeres.files.wordpress.com/2009/09/dsc033393.jpg?w=200&#038;h=300" alt="Barbie &quot;ispice di counasse, les Guignols en revaient, Damas l'a fait" width="200" height="300" /></strong><p class="wp-caption-text">Barbie &quot;ispice di counasse, les Guignols en revaient, Damas l&#39;a fait</p></div>
<p><strong> </strong></p>
</div>
<div><strong>Voile complet </strong></div>
<p style="text-align:justify;">Dans cette valse au pas, les hommes dansent d’une façon qui m’interpelle. La première consiste à se gratter ostensiblement les testicules en public. Mais pas, comme en Inde, quand une fille leur plait (quoique), juste quand il faut, semble-t-il (dans quel cas, il &#8220;faut&#8221; très souvent). La seconde consiste en une étonnante proximité entre mâles. Ils échangent des baisers dans le cou, des caresses, déambulent main dans la main. Passé les premières heures, je me rends à l&#8217; évidence: non Damas n&#8217;est pas une ville où les homosexuels s&#8217;afficheraient plus qu&#8217;ailleurs. Ce comportement est simplement normal. Est-ce parce qu&#8217;il est si difficile de sortir avec une fille qu&#8217;ils rattrapent leur manque de tendresse entre eux ? L&#8217;islam est-elle en cause dans ce trait de la société syrienne ? Ce qui est sûr, c&#8217;est que les couples homme/femme se comptent sur les doigts de la main. Des femmes qui, pour certaines, portent un accoutrement qui m&#8217;atterre: pantalon noir, hauts et gants de velours noirs et surtout, un voile complet sur le visage. Quand je dis voile, c&#8217;est en fait une sorte de grand bandeau enroulé tout autour de leur tête. Et quand je dis complet, ça implique que ce bandeau leur passe aussi devant les yeux. Puisqu&#8217;elles marchent sans tenir la main de monsieur – qui, naturellement, arbore moustache El-Assad, chemise manche courtes et pantalon- je suppose qu&#8217;elles voient un minimum à travers. Mais je ne peux pas m&#8217;empêcher de penser que ces sociétés qui s&#8217;islamisent de plus en plus vont droit dans le mur. Que ça ne pourra pas durer. Le monde ne peut pas évoluer à l&#8217;envers éternellement. J&#8217;espère ne pas pécher d&#8217;optimisme.</p>
<p style="text-align:justify;">Difficile du coup de faire de vraies rencontres. Et quand on ne parle pas arabe, cela devient quasiment impossible. Les quelques échanges anglophones que j&#8217;ai eus ont duré cinq minutes, le temps d&#8217;échanger le qui-quoi-quand-où basique. Elles ne valent pas la peine d’être retranscrites ici. Les autres tentatives de rencontre ont buté, après la langue, sur des visages guère accueillants. J’ai la désagréable impression que, quand il ne s’agit pas d’essayer de lui vendre un tapis, le touriste occidental redevient vite un potentiel sale post-colonialiste. L’hospitalité syrienne existe, mais guère à Damas.</p>
<div id="attachment_163" class="wp-caption alignright" style="width: 310px"><img class="size-medium wp-image-163" title="DSC03315" src="http://lescarnetsephemeres.files.wordpress.com/2009/09/dsc03315.jpg?w=300&#038;h=200" alt="Cour du Palais Azem." width="300" height="200" /><p class="wp-caption-text">Cour du Palais Azem.</p></div>
<p style="text-align:justify;">C&#8217;est bien le seul regret de cette étape syrienne très séduisante. Je regrette de ne pas pouvoir découvrir Alep, Palmyre et les mille autres merveilles que ce pays étrange doit cacher. Mais d&#8217;autres merveilles m&#8217;attendent. Lundi midi, je grimpe, non sans mal, dans le bus pour Amman. D&#8217;où je rejoindrai Pétra.</p>
</div>
<div id="attachment_169" class="wp-caption alignright" style="width: 310px"><img class="size-medium wp-image-169" title="DSC03292" src="http://lescarnetsephemeres.files.wordpress.com/2009/09/dsc032921.jpg?w=300&#038;h=200" alt="Cour de la grande mosquee. " width="300" height="200" /><p class="wp-caption-text">Cour de la grande mosquee. </p></div>
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		<title>Carnet amoureux de Beyrouth</title>
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		<pubDate>Mon, 31 Aug 2009 20:01:38 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Corentin Bainier</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Le bruit incessant des voitures et des bulldozers,  les nuits bouillantes de Gemmayze, les jours étouffants en remontant a pied vers Achrafieh, le melange des burkas, des foulards et des minis jupes, la fumée des narguilés, les chats errants, le &#8230; <a href="http://lescarnetsephemeres.wordpress.com/2009/08/31/carnet-amoureux-de-beyrouth/">Lire la suite <span class="meta-nav">&#8594;</span></a><img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=lescarnetsephemeres.wordpress.com&amp;blog=8582646&amp;post=147&amp;subd=lescarnetsephemeres&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;">Le bruit incessant des voitures et des bulldozers,  les nuits bouillantes de Gemmayze, les jours étouffants en remontant a pied vers Achrafieh, le melange des burkas, des foulards et des minis jupes, la fumée des narguilés, les chats errants, le chant entêtant du muezzin, un verre d&#8217;Arak dans un bar de Hamra, les pêcheurs a la ligne le long de la Corniche, des plats de houmous, de soujouks et de motabal, des manouches chauds brûlants, des trajets haletants en taxi service. Un mois et s&#8217;en va. C&#8217;etait mon Beyrouth.</p>
<p style="text-align:justify;">Quelle ville. Quelle ville ou rien n&#8217;est comme ailleurs. En arrivant, tout semble normal.  Du béton, des voitures, des bars, des gens pressées.  Et dans un premier temps, Beyrouth n&#8217;a rien de spécial. On rencontre des Libanais, ils parlent de leur  pays avec passion, donnent envie de le découvrir. On le découvre, et forcément on le trouve beau, de Baalbek à Byblos, de Tyr à Tripoli. Pourtant il manque quelque chose. On apprécie son séjour au Liban oui-mais. On s&#8217;impatiente.</p>
<p style="text-align:justify;">C&#8217;est justement ce qu&#8217;il ne faut pas faire. Car c&#8217;est quand on ne l&#8217;attend plus que  Beyrouth se livre. Il faut du temps, plusieurs semaines et sans doute plus encore, pour comprendre que c&#8217;est Alexandre Najjar qui résume tout lorsqu&#8217;il dit de Beyrouth qu&#8217;elle est une &#8220;femme violée&#8221;.</p>
<p style="text-align:justify;">Parce que comme une femme violée, Beyrouth reste digne et présente au voyageur qui la rencontre un visage plaisant juste ce qu&#8217;il faut. Parce comme une femme violée, Beyrouth porte des séquelles, mais fait en sorte de les cacher, tente de les oublier. Parce que comme une femme violée, Beyrouth ne se livre qu&#8217;a celui qui se prouve digne de sa confiance ébranlée. Pour la mériter il faut l&#8217;aimer. Et on aime Beyrouth comme on aime une femme: sans vraiment savoir pourquoi, mais avec une attirance inévitable et une conviction intime. Peu a peu, Beyrouth sait rendre cet amour.</p>
<p style="text-align:justify;">Beyrouth m&#8217;aura fait attendre, mais avant que je ne la quitte, m&#8217;aura accepté. La larme à  l&#8217;oeil dans le dernier taxi service, qui me ramenait vendredi soir à Hamra. Je ne sais toujours pas vraiment pourquoi j&#8217;aime cette ville, mais je sais qu&#8217;elle est désormais dans mon coeur. Mon coeur pincé samedi lorsque Beyrouth disparaissait, immeuble après immeuble derrière les montagnes qui m&#8217;emmenaient vers la plaine de la Bekaa, puis Damas. Beyrouth ne s&#8217;explique pas, elle se vit. Et se donne à ceux qui veulent d&#8217;elle. Comme Venise ou Helsinki, je reviendrai toujours.</p>
<br />  <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gocomments/lescarnetsephemeres.wordpress.com/147/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/comments/lescarnetsephemeres.wordpress.com/147/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godelicious/lescarnetsephemeres.wordpress.com/147/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/delicious/lescarnetsephemeres.wordpress.com/147/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gofacebook/lescarnetsephemeres.wordpress.com/147/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/facebook/lescarnetsephemeres.wordpress.com/147/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gotwitter/lescarnetsephemeres.wordpress.com/147/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/twitter/lescarnetsephemeres.wordpress.com/147/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gostumble/lescarnetsephemeres.wordpress.com/147/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/stumble/lescarnetsephemeres.wordpress.com/147/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godigg/lescarnetsephemeres.wordpress.com/147/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/digg/lescarnetsephemeres.wordpress.com/147/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/goreddit/lescarnetsephemeres.wordpress.com/147/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/reddit/lescarnetsephemeres.wordpress.com/147/" /></a> <img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=lescarnetsephemeres.wordpress.com&amp;blog=8582646&amp;post=147&amp;subd=lescarnetsephemeres&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></content:encoded>
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		<title>C&#8217;est leur Liban</title>
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		<pubDate>Wed, 26 Aug 2009 16:14:58 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Corentin Bainier</dc:creator>
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		<description><![CDATA[En repartant de Byblos, je monte dans le bus avec les trois égyptiens providentiels (voir carnet précédent) et j’engage la discussion avec Saad. Saad a 32 ans. Il travaille, à l’instar de beaucoup d’Egyptiens au Liban, comme pompiste dans une &#8230; <a href="http://lescarnetsephemeres.wordpress.com/2009/08/26/cest-leur-liban/">Lire la suite <span class="meta-nav">&#8594;</span></a><img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=lescarnetsephemeres.wordpress.com&amp;blog=8582646&amp;post=137&amp;subd=lescarnetsephemeres&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;">En repartant de Byblos, je monte dans le bus avec les trois égyptiens providentiels (voir carnet précédent) et j’engage la discussion avec Saad. Saad a 32 ans. Il travaille, à l’instar de beaucoup d’Egyptiens au Liban, comme pompiste dans une station essence le long de l’autoroute Beyrouth-Tripoli. Six jours par semaine, douze heures par jour, pour 300 dollars par mois. Lui et ses douze collègues vivent dans un logement commun au bord de la station, où, certes, ils sont logés et nourris. Ça fait trois ans qu’il est là. Trois ans qu’il bosse six jours par semaine, 12 heures par jour, à remplir des réservoirs d’essence. Pour 300 dollars. C’est la France du XIXe siècle. « <em>Ça ne me plait pas, c’est mal payé, mais en Egypte je ne trouvais pas de travail. On est 80 millions d’Egyptiens maintenant, c’est trop, beaucoup sont au chômage.</em> » Pourtant, Saad a fait des études supérieures et obtenu un diplôme de prof d’arabe. Mais il ne peut pas enseigner au Liban, parce qu’il faut parler le français et l’anglais couramment. Alors il remplit des réservoirs d’essence. Des taxis délabrés, des 4X4 de touristes saoudiens, des voitures japonaises de la classe moyenne. Toute la journée. Quelle vie.</p>
<p style="text-align:justify;"><strong>La vie comme il la vit </strong></p>
<p style="text-align:justify;">Ça fait trois ans qu’il est là. Trois ans qu’il n’est pas rentré en Egypte, et qu’il n’a pas vu sa femme. C’est sa cousine, il l’a épousée il y a six ans. « <em>On s’appelle tous les soirs. Je l’aime, elle me manque. Elle me demande tout le temps de revenir, mais jusque là, je n’avais pas l’argent</em><strong> </strong>». Mais à la fin du mois, enfin, il retourne au pays. Enfin, il pourra voir son fils de…trois ans. Le calcul est là : la dernière fois qu’il l’a pris dans ses bras, son petit garçon venait de naitre. Je pense à <em>Octobre </em>de Prévert : « est-ce que c’est une vie de vivre comme il vit ? ».</p>
<p style="text-align:justify;">Saad voudrait aller en France. « <em>Tu crois que je pourrais trouver une femme là bas ?</em> ». Je crois que ça sera difficile Saad, et puis tu es déjà marié, non ?  « <em>Oui mais en Egypte je peux avoir quatre femmes</em>. » J’avais omis ce détail. Reste qu’il rêve de partir en Occident, mais depuis son pays, « <em>les visas sont trop chers pour l’Europe, et très difficiles à obtenir pour les locaux </em>».</p>
<p style="text-align:justify;">
<div id="attachment_138" class="wp-caption alignleft" style="width: 310px"><img class="size-medium wp-image-138" title="DSC03159" src="http://lescarnetsephemeres.files.wordpress.com/2009/08/dsc031591.jpg?w=300&#038;h=200" alt="Saad (au centre) et ses collègues de la station service.  " width="300" height="200" /><p class="wp-caption-text">Saad (au centre) et ses collègues de la station service. </p></div>
<p style="text-align:justify;">Je le questionne sur Moubarak. Il me dira d’abord qu’il ne l’aime pas, parce qu’il « <em>donne une bonne image à l’extérieur, mais ne fait rien pour l’emploi en Egypte</em> ». Puis il se ravisera m’assurera qu’il le soutient. Peut-être a-t-il eu peur. Je n’arrive pas à lui faire comprendre de qui je parle quand je lui demande son avis sur les Frères Musulmans. Dommage.</p>
<p style="text-align:justify;"><strong>Bible et Coran </strong></p>
<p style="text-align:justify;">Mais, dans ma question, Saad comprend le mot islam. « <em>Vous en Europe, vous détestez tous les musulmans ?</em> ». Ça, il n’est pas le premier à me le demander. Même des Libanais éduqués pensent que, notamment en France, on déteste tous ce et ceux qui ont trait à l’islam. Décidemment, il y a des progrès à faire dans la communication entre ces deux mondes. Beaucoup de progrès. J’apporte ma toute petite pierre à cette grande entreprise, en expliquant que moi, la religion je m’en moque, je n’aime juste pas les extrémistes, qu’ils soient musulmans ou autre chose. Il n’en revient pas, me remercie presque de penser comme ça. Après quoi il me confie qu’en ce moment, il lit la Bible, « <em>pour savoir ce qu’on y raconte</em> ». Je crois que beaucoup de chrétiens, à commencer par moi, seraient avisés de faire pareil avec le Coran.</p>
<p style="text-align:justify;">J’ai décliné son invitation et je m’en suis beaucoup voulu. Alors que le bus s’arrêtait pour déposer Saad et ses collègues à leur station service, il m’a proposé de venir diner avec eux. Ce n’est pas que j’ai eu peur. Mais j’avais rendez-vous et, surtout, je ne savais pas comment rentrer à Beyrouth ensuite. Avant de me rendre compte que la capitale était a dix minutes de la station et que j’aurais pu y aller à pied. Trop bête.</p>
<p style="text-align:justify;">Saad, pendant tout le trajet, ne s’est pas plaint, m’a tout raconté avec le sourire, visiblement heureux d’échanger avec un étranger. Bonheur partagé. Et, en m’offrant ma plus belle rencontre au Liban, Saad m’a aussi donné une sacrée leçon d’humilité.</p>
<p style="text-align:justify;"><strong>Démocratie irakienne </strong></p>
<p style="text-align:justify;">Le lendemain, sur la route de Beit Meri, petit bled accroché sur les montagnes dominant Beyrouth, le bus, comme souvent, ne me dépose pas au bon endroit. Ou plutôt c’est moi qui ne lui demande pas de s’arrêter trop bas. En même temps, il venait de passer devant un panneau « Welcome to Beit Meri », qui incitait à s’arrêter.</p>
<p style="text-align:justify;">« <em>Je ne sais pas pourquoi ils ont mis ce panneau ici, Beit Meri c’est à trois kilomètres au-dessus. Mais monte dans ma voiture, je vis là-bas, je te dépose</em> ». Ali a le cœur sur la main, comme tous les Libanais. Sauf que lui il est Irakien. A ce mot, forcément, mes yeux s’ouvrent plus grands encore. J’ai envie de lui poser mille questions, mais il faut jouer stratégique, nous n’avons que trois kilomètres à partager. « <em>Je suis ici depuis dix ans. J’ai fait mes études à Beyrouth et maintenant je travaille dans le commerce international</em>. <em>Ma famille est restée en Irak mais je ne suis pas prêt d‘y retourner. Il n’y a pas de futur là-bas. Maintenant que les Américains ont quitté les villes, ça va à nouveau être l’anarchie. Et quand ils quitteront les pays, ça sera pire. Les Irakiens ne sont pas prêts pour la démocratie. Ils ne comprennent pas vraiment ce que c’est. Je ne crois pas que l’Irak soit prêt pour ce type de régime</em>» Mais alors tu penses que le pays va retomber dans la dictature d’ici peu ? « <em>Oui, c’est très possible</em> ». Il arrête sa voiture sur le parking de l’église de Beit Meri. «  <em>Mon ami c’est la que tu descends je crois</em> ». Moi, j’aurais bien continué avec lui.</p>
<p style="text-align:justify;">
<div id="attachment_139" class="wp-caption alignright" style="width: 210px"><img class="size-medium wp-image-139" title="DSC03162" src="http://lescarnetsephemeres.files.wordpress.com/2009/08/dsc03162.jpg?w=200&#038;h=300" alt="Monastère de Beit Meri " width="200" height="300" /><p class="wp-caption-text">Monastère de Beit Meri </p></div>
<p style="text-align:justify;"><strong>Turban sikh </strong></p>
<p style="text-align:justify;">Je continue seul, donc, dans Beit Meri, à la recherche de quelques restes byzantins et d’un monastère, que j’ai beaucoup de mal à trouver. Je multiplie les allers-retours sur la route principale, qui monte ou descend à pic (ca dépend, du sens, donc). Je ne comprends décidément rien au panneau qui indique que les ruines sont à droite, c&#8217;est-à-dire droit dans un fossé béant… Il est 15 heures, il fait chaud, je commence à en avoir marre. Quand par hasard, je m’engage sur le bon chemin. Au bout duquel j’aperçois les ruines et le monastère. J’arrive à destination, assoiffé, et je tombe sur le gardien du parking. Il n’y a pas de bar ici, mais il m’invite à prendre un verre chez lui.</p>
<p style="text-align:justify;">Jermail est indien, il vient du Penjab. Il est arrive ici il y six mois et restera un an avant de rentrer en Inde. Quand je lui dis que je suis français, il me parle de son frère qui habite dans l’hexagone. « <em>Il a beaucoup de problèmes a cause de son turban sikh, on lui a demande de l’enlever pour faire des papiers. Pourquoi vous n’aimez pas les sikhs en France ?</em> ». Jermail, ce n’est pas qu’on n’aime pas les sikhs, c’est juste qu’on essaye de défendre un concept de laïcité un peu… à part. Je parviens à lui expliquer que c’est la même chose pour toutes les religions et ça a l’air de le satisfaire.  Puis on parle des Etats-Unis, d’Obama qu’il adore, de Bush qu’il déteste. Il y a des sujets qui marchent dans le monde entier.  Il a beau parler très peu l’anglais, on parvient a se comprendre. Je crois même que le  peu de mots que nous avons en commun rend cette rencontre encore plus agréable. Je laisse Jermail à son parking, après avoir refusé cinq fois de me faire offrir à manger. Le monastère m’attend.</p>
<p style="text-align:justify;"><strong>Etat dans l’Etat </strong></p>
<p style="text-align:justify;">Une semaine plus tard, en revenant de Tripoli, c’est Georges qui se propose de me ramener, avec mon frere venu me rendre visite, du parking de banlieue ou le bus nous a laisse, jusqu’au centre ville de Beyrouth. Georges a la cinquantaine. Il est libanais, mais vit a l’hôtel. «  <em>Je viens de passer trois ans </em>à<em> Montréal, j’avais monté une boite d’architectes et de construction, mais elle va probablement faire faillite. La crise nous a asphyxiés</em>. » La crise, ca faisait longtemps que je n’en avais pas entendu parler. Surtout qu’au Liban, avec 4% de croissance annuelle, Goldmann Sachs, les bonus et les subprimes, on ne connait pas trop. «  <em>Je suis revenu ici, mais je ne sais pas ce que je vais faire. Ce n’était pas le première fois que je tentais ma chance a l’étranger. </em>» Ce n’est pas la première fois qu’il loupe son coup non plus. De 1990 a 1994 il a travaille à Paris, sans vrai succès. «  <em>Mais je n’aime pas revenir ici, rien n’est sur, la guerre peut revenir du jour au lendemain, c’est trop instable. Qu’est ce que c’est que ce pays ou un parti politique est mieux arme que le gouvernement ? Ce pays ou il y un état dans l’état ?</em> ». Georges, évidemment, parle du Hezbollah. Je lui dit que pourtant, au Liban, ca construit à tout va, qu’il pourrait trouver du travail sans doute facilement. «  Oui mais, je ne me vois pas lancer mon entreprise ici, c’est trop risqué ». Georges a l’air triste. Déçu par son pays. Et terriblement pessimiste dans l’avenir, comme beaucoup de ses concitoyens.</p>
<p style="text-align:justify;">
<div id="attachment_140" class="wp-caption alignleft" style="width: 310px"><img class="size-medium wp-image-140" title="DSC03002" src="http://lescarnetsephemeres.files.wordpress.com/2009/08/dsc03002.jpg?w=300&#038;h=200" alt="Ouvriers étrangers dans le quartier de Hamra à Beyrouth" width="300" height="200" /><p class="wp-caption-text">Ouvriers étrangers dans le quartier de Hamra à Beyrouth</p></div>
<p style="text-align:justify;">Ce qu’il dit rappelle que le Liban, s’il est en plein boom économique, brasse des travailleurs étrangers de la région et du monde entier, est encore loin d’avoir gagné son véritable combat. Celui qu’il mène contre lui-même, l’immobilisme de son gouvernement, son inefficacité a prendre le monopole de la violence légitime sur son territoire, le communautarisme de ses partis politiques, la corruption de ses dirigeants, la pauvreté d’une grande partie de sa population, et tant d’autres. Beaucoup de choses vont mieux, et heureusement. Mais le chemin est encore long.</p>
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		<title>Byblos, l&#8217;histoire qui s&#8217;écrit</title>
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		<pubDate>Fri, 21 Aug 2009 09:35:32 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Corentin Bainier</dc:creator>
				<category><![CDATA[Carnets d&#039;Orient]]></category>

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		<description><![CDATA[Sept mille ans d’histoire. Sept mille ans de culture, de cultures. Le Liban ne se contente pas d’héberger mille contrastes, mille paradoxes. Ce minuscule bout de terre abrite aussi des lieux où bat le cœur qui oxygène l’histoire du monde. &#8230; <a href="http://lescarnetsephemeres.wordpress.com/2009/08/21/byblos-les-deux-moments-de-lemotion/">Lire la suite <span class="meta-nav">&#8594;</span></a><img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=lescarnetsephemeres.wordpress.com&amp;blog=8582646&amp;post=119&amp;subd=lescarnetsephemeres&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;">Sept mille ans d’histoire. Sept mille ans de culture, de cultures. Le Liban ne se contente pas d’héberger mille contrastes, mille paradoxes. Ce minuscule bout de terre abrite aussi des lieux où bat le cœur qui oxygène l’histoire du monde. Parmi lesquels Byblos (Jbeil en arabe). Une ville jamais inhabitée pendant soixante-dix siècles. Et une ville où les Phéniciens inventèrent, il y a 5000 ans, les vingt-deux signes du premier alphabet. Qui donneraient naissance au premier livre. D’où, d’ailleurs le nom de la ville : Byblos, donné par les Grecs, renvoie à <em>biblion</em>, le livre dans la langue de Socrate. Byblos, ville inconnue pour beaucoup et pourtant, nous prononçons son nom tous les jours.</p>
<p style="text-align:justify;">Difficile de ne pas avoir hâte, samedi matin, de quitter Beyrouth pour aller m’aventurer 37 kilomètres au nord de la capitale dans ce lieu mythique. Le chemin jusqu’à Jbeil n’est pas parsemé des rebondissements qui m’ont mené tant bien que mal à Beittedine la semaine passée. Un taxi, un bus, une heure de trajet, presque facile. Soit dit en passant, merci à l’ado aux cheveux gominés qui m’a indiqué que, l’arrêt pour Byblos, c’était bien ce pont entre deux bornes d’autoroute. Sinon, j’étais probablement bon pour continuer jusqu&#8217;à Tripoli.</p>
<p style="text-align:justify;">
<div id="attachment_126" class="wp-caption alignleft" style="width: 310px"><img class="size-medium wp-image-126" title="DSC03130" src="http://lescarnetsephemeres.files.wordpress.com/2009/08/dsc03130.jpg?w=300&#038;h=200" alt="Château des Croisés a Byblos. " width="300" height="200" /><p class="wp-caption-text">Château des Croisés a Byblos. </p></div>
<p style="text-align:justify;"><strong>Chou ?</strong></p>
<p style="text-align:justify;">Je descends du pont et je tombe dans la ville moderne. Beurk. Il est 13 heures, la température en conséquence. Le plan du guide est particulièrement mal fait, j’erre à droite, à gauche, puis à encore droite, je reviens sur mes pas, hello-do-you-speak-english ?, no, français ?, non plus, I’m looking for the ruins, chou? (« quoi ? »), the ru-ins. A vrai dire je ne suis pas fichu de le prononcer correctement non plus. J’opte pour « old town » et pour en demander la direction a une Libanaise comme le Levant sait en faire, grande, brune, légère, ce qu’il faut de grâce. Et le sourire, comme tous ses compatriotes.</p>
<p style="text-align:justify;">Je débarque dans le souk de Jbeil. Petite rue pavée, maisons basses, mais rien de l’image que l’on se fait d’un souk en Occident. Juste un alignement de magasins, bien propres, bien rangés et surtout, qui vendent du souvenir kitch et des produits pseudos libano-authentiques, à la pelle. Mieux vaut lever la tête vers les portes ottomanes, la tourner vers les terrasses des cafés enfouies sous les porches, poser le regard étonné sur ce petit vieux qui fume lattes sur lattes de son narguilé comme si c’était la seule distraction de sa journée, le laisser divaguer sur la place principale où une fontaine orientale côtoie des fragments de colonnes romaines, étrangement séparés du site archéologique pourtant planté quelques mètres a côté.</p>
<p style="text-align:justify;">
<div id="attachment_127" class="wp-caption alignright" style="width: 210px"><img class="size-medium wp-image-127" title="DSC03135" src="http://lescarnetsephemeres.files.wordpress.com/2009/08/dsc03135.jpg?w=200&#038;h=300" alt="Vieilles rues pavées du vieux Jbeil, aux abords du site. " width="200" height="300" /><p class="wp-caption-text">Vieilles rues pavées du vieux Jbeil, aux abords du site. </p></div>
<p style="text-align:justify;">Parce que, ce que je suis venu voir, en bon touriste, c’est avant tout ça. Les ruines de Byblos, le témoin de cette histoire millénaire ininterrompue. Je m’étais bien gardé de me renseigner auparavant sur ce qui m’attendait, je préférais découvrir tout sur place. Du coup, le château moyenâgeux (1108), construit par les Croisés, qui domine le site me surprend. Je m’attendais à des temples, à Rome et Athènes, quelques bains et poteries. Des «ruines » quoi. Mais Byblos n’a pas seulement vécu sept mille ans d’histoire, elle les a vécus au même endroit. Et sur quelques centaines de mètres carrés, qui s’ouvrent, forcément, sur la mer, se côtoient les restes d’une forteresse perse (550-330 avant J.C), un nymphée romain, un temple dédié à Rechef, dieu égyptien de la guerre (XVIe siècle avant J.C), un amphithéâtre romain (IIIe siècle) amputé des deux tiers de ses gradins pour les besoins des fouilles commencées au début du XXe siècle. Les Mamlouks ont construit par dessus les Romains, les Grecs par dessus les Phéniciens, les Ottomans par dessus tout le reste. En une heure et demie de visite, c’est toute l’histoire du monde qui défile. Alexandre le Grand, Saladin, Guy de Lusignan sont passés par Byblos. C’est Ernest Renan qui, le premier, remarquera leurs traces en 1860.</p>
<p style="text-align:justify;">
<div id="attachment_130" class="wp-caption alignleft" style="width: 310px"><img class="size-medium wp-image-130" title="DSC03123" src="http://lescarnetsephemeres.files.wordpress.com/2009/08/dsc031232.jpg?w=300&#038;h=200" alt="Morceau de Rome, au milieu du melting-pot de l'histoire. " width="300" height="200" /><p class="wp-caption-text">Morceau de Rome, au milieu du melting-pot de l&#39;histoire. </p></div>
<p style="text-align:justify;">Dommage ceci dit, que les ruines soient si mal entretenues. La végétation pousse entre les pierres, et si le crissement obsessionnel des cigales -presque nécessaire à toute visite antique- m’envoute, le pullulement des plantes entre chaque vestige gâche un peu le plaisir. Pour se repérer à a Byblos mieux vaut avoir un guide à la main pour être sûr de l&#8217;époque à laquelle on fait face. Reste que je ne ressors pas indemne de ma promenade historique.</p>
<p style="text-align:justify;"><strong>Hariri et Jésus </strong></p>
<p style="text-align:justify;">Trêve de méditations, il est 16 heures, mon estomac me le rappelle. Je commets l’erreur de m’arrêter au premier restaurant à coté du site, cher (tout reste relatif au Liban) et mauvais. Je commets la seconde erreur, pourtant partie d’un bon sentiment, de commander une salade. Ce n’est qu’au moment où on me la sert que je me rappelle la consigne « crudités= risque de tourista », ce qui me vaudra de scruter, inquiet, les moindres mouvements de mon estomac pendant une bonne heure. Mais l’avantage de l’attrape touriste aseptisé c’est qu’il est adapté, justement, au touriste.</p>
<p style="text-align:justify;">
<div id="attachment_131" class="wp-caption alignright" style="width: 310px"><img class="size-medium wp-image-131" title="DSC03132" src="http://lescarnetsephemeres.files.wordpress.com/2009/08/dsc03132.jpg?w=300&#038;h=200" alt="Sic. " width="300" height="200" /><p class="wp-caption-text">Sic. </p></div>
<p style="text-align:justify;">Je poursuis ma découverte de la vielle ville de Byblos, charmante si on omet le kitsch de ses magasins. Ici on vend des icônes sur pierre et Rafic Hariri côtoie Jésus, là on prétend détenir des fossiles cent fois millénaires. Dans l’église Saint Jean-Baptiste, bâtie par les Croisés et désormais chrétienne maronite, les pierres ont gardé une fraicheur bienvenue. A droite de la nef, une veille femme récite des prières, reprises en cœur par un une dizaine de croyants. C’est bien la première fois que je vois une femme prêcher. Je débouche sur le vieux port de Byblos. Les remparts antiques y dominent une eau où flottent beaucoup trop de déchets contemporains. Et quelques bateaux de pêche. En continuant mon chemin, je crois rêver.</p>
<p style="text-align:justify;">Une plage. Des petits galets, étendus sur deux ou trois centaines de mètres et à première vue un accès libre. Parce qu’au Liban, du moins à Beyrouth, la baignade se paye. Minimum dix euros pour accéder à des plages privées et pour se baigner, la plupart du temps, dans des piscines d’eaux salées au bord de la mer. Génial. Ca fait deux semaines que je suis ici, et du coup, je n’ai toujours pas mis un pied dans la Méditerranée. Je me rappelle, avant de partir au Liban, avoir sardoniquement nargué mes compatriotes sur le thème « et moi au mois d’août, j’irai me baigner tous les soirs après le boulot». Loupé.</p>
<p style="text-align:justify;">
<div id="attachment_132" class="wp-caption alignleft" style="width: 310px"><img class="size-medium wp-image-132" title="DSC03152" src="http://lescarnetsephemeres.files.wordpress.com/2009/08/dsc03152.jpg?w=300&#038;h=200" alt="Le vieux port (et ses détrituts). " width="300" height="200" /><p class="wp-caption-text">Le vieux port (et ses détrituts). </p></div>
<p style="text-align:justify;"><strong>Usage du monde </strong></p>
<p style="text-align:justify;">Byblos m’offre une occasion de me rattraper et je ne la manque pas. La Méditerranée ne se refuse pas. Elle est chaude et crémeuse, presque suave, elle est ondée des vagues émises par les yachts des Libanais fortunés qui se la ramènent le long de la côte, son sel brûle les yeux dès que l’on veut regarder son intimité et ses écumes flirtent avec les derniers rayons du soleil. Je m’allonge sur la plage, j’entame <em>L’usage du Monde</em> de Nicolas Bouvier, je me demande si je voudrais être ailleurs, là, à ce moment précis. Non.</p>
<p style="text-align:justify;">La nuit tombante me ramène à la réalité libanaise. Après 20 heures, les bus et les taxis, ce n’est plus la même chose. Je demande à la serveuse du bar de la plage le chemin vers le point d’arrêt des bus pour Beyrouth. Elle m’explique, je ne visualise pas, elle prend un papier et commence à dessiner un vague plan. Puis hèle trois types qui passent par là et que, visiblement, elle connait. Ils sont égyptiens, eux aussi sur le point de rentrer à Beyrouth. Et m’invitent à les suivre.</p>
<p style="text-align:justify;">L&#8217;un des trois, Saad, bredouille l’anglais, une centaine de mots. Au bout de cinq minutes, je n’ai toujours pas compris s’ils me ramenaient dans leur voiture ou si eux aussi, prenaient le bus. Première option, je ne monte pas avec eux, pas la peine de prendre des risques inutiles, même s’ils m’inspirent tout à fait confiance. Deuxième option, je les suis. C&#8217;est celle qu&#8217;ils chosissent.  Et je me trouve un compagnon de route pour le retour.</p>
<div id="attachment_134" class="wp-caption alignright" style="width: 310px"><img class="size-medium wp-image-134" title="DSC03215" src="http://lescarnetsephemeres.files.wordpress.com/2009/08/dsc03215.jpg?w=300&#038;h=200" alt="C'est un peu flou (depuis le bus), mais c'était juste beau. " width="300" height="200" /><p class="wp-caption-text">C&#39;est un peu flou (depuis le bus), mais c&#39;était juste beau. </p></div>
<p style="text-align:justify;">Ce qui a résulté de mon échange avec Saad agrémentera le prochain carnet, et se mêlera  à d’autres rencontres libanaises.  Car Saad m’a beaucoup appris et mérite une longue place ici.</p>
<p style="text-align:justify;">Sa rencontre m’a rempli d’énergie, mais l’énergie venait aussi de Byblos. Si j’ai bien compris une chose dans cette escapade, c’est que le Liban que j’aime est un Liban qui s’arpente de villes en villes, le long de la côte, dans les montagnes, dans les rues périphériques des villes. Un pays et sa route en somme. Ça tombe bien : au Levant et au-delà, la route, c’est le programme principal jusqu&#8217;à mi-septembre.</p>
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